24.04.2008
Hybridation et bicyclette
Bien que la ville de Bourges ne soit pas encore équipée du système vélib’, voici, en vertu du principe de précaution, un tract dénonçant les effets pervers de ce qui se révèle être, en dernière analyse, une vraie fausse bonne idée !
Depuis le 15 juillet 2007, plus de 10000 vélib's sont à disposition dans Paris pour atteindre à présent les 20000. D'autres villes comme Lyon, Rennes ou Toulouse ont déjà ou auront ce genre de service. Cette innovation a connu un accueil impressionnant avec plus de deux millions d'emprunts pour les deux premiers mois. Comment ne pas se réjouir de ce succès ébouriffant ? L'usage du vélo est évidemment préférable aux moyens de transports motorisés toutefois cela n'implique pas pour autant que la fin justifie les moyens, tous les moyens !
La bicyclette est pour nous l'objet qui permet d'aller librement d'un lieu à un autre de son choix. Cette possibilité est délimitée et liée à une responsabilité. Le cycliste sait où se trouve sa bicyclette, il peut la réparer par lui-même ou pas, l'améliorer ou pas suivant ses envies, ses besoins et ses possibilités. Tout cela constitue un tout que le mot bicyclette désigne ici. Cette précision n'est sans doute pas superflue puisqu'il est possible qu'un jour nos contemporains trouvent ce point de vue bizarre voire incompréhensible.
Le vélib' est un hybride : la fusion entre une bicyclette et un système d'information. Il s'agit d'un système automatisé de prêts de vélos. Par opposition à la bicyclette et du point de vue de l'usager, le vélib' se présente comme un objet idéal, à la fois présent partout, toujours identique à lui-même et inusable. Ces trois caractéristiques surprenantes reposent sur une organisation que nous allons détailler.
Au premier abord, on peut distinguer deux groupes de personnes qui interviennent sur le système vélib'. Le premier est celui des usagers/consommateurs qui ont pour fonction de choisir les bornes de départ et d'arrivée et entre temps de faire une séance de pédalage. La liberté des membres de ce premier groupe est limitée par certaines contraintes : le choix des bornes (1500 stations), le temps (seule la première demi-heure est gratuite) et la disponibilité. Par ailleurs, en dehors de cette liste, il n'y pas d'initiative possible, on ne peut pas réparer le vélib', on ne peut évidemment pas le personnaliser.
Le second groupe est celui des techniciens qui lui-même se subdivise en trois sous-groupes : celui des transporteurs qui circulent dans une vingtaine de camionnettes tous les jours jusqu'à 2h du matin afin de répartir les vélib's; celui des réparateurs qui fait en sorte que le vélib' reste utilisable, comme neuf; et enfin, celui des gestionnaires qui derrière leurs écrans organisent le système.
De tout cela, ce qui nous semble le plus choquant, c'est le découpage des rôles qui empêche les usagers de pouvoir se responsabiliser, de saisir un minimum les conséquences de leurs actes. Réparer un vélo cela prend du temps, nécessite de l'énergie, mais cet aspect est invisible pour notre usager. S'amuser à descendre de Ménilmontant peut être grisant, mais avec une bicyclette on sait que cela signifie aussi à un moment ou un autre de remonter, à présent avec le vélib ce serait ridicule ! Des personnes anonymes, les transporteurs, viendront plus tard remonter le vélib, peut-être même très tard dans la nuit. Les usagers ne peuvent être de fait que spectateurs du système vélib' et sont réduits à râler si le service n'est pas à la hauteur de leur illusion. Cette situation peut d'ailleurs être très confortable, c'est un rôle très balisé, stéréotypé voire infantilisant. Les techniciens viennent donc absorber dans la mesure du possible cette déresponsabilisation du premier groupe.
Prenons un peu de recul. Le vélib' n'est que l'élément apparent d'une organisation beaucoup plus importante. Comme il est à la fois un objet standardisé et impossible à se réapproprier, il s'ensuit une massification des usages. Avec cette organisation, ce n'est pas le vélib' qui est la marchandise mais plutôt l'usage de celui-ci : l'usage de ce des-trier des temps modernes est prêt à consommer. Or ce marché de l'usage du vélib' nécessite pour son fonctionnement toute une batterie d'indicateurs statistiques fournis par le système d'information et la dynamo située sur le vélib'. Ceci passe par le fichage des usagers. Il est vrai que l'on n'avait encore jamais pu avancer des chiffres sur l'utilisation du vélo avec une telle précision, ils sont à présent connus à l'unité près dans l'instant.
On peut néanmoins s'interroger sur les causes du succès. Comment se fait-il en effet que les Parisiens n'aient pu par eux-mêmes se mettre à circuler dans la rue avec leur propre bicyclette ? Cela est-il l'illustration d'une tendance de fond à l'œuvre depuis plusieurs décennies ? Il apparaît en effet que nous sommes de moins en moins capables de saisir pour nous-mêmes le sens de notre quotidien et ses implications, cela se traduit par une déresponsabilisation accrue ainsi que par une dépendance toujours plus poussée vis à vis de l'Etat, ou de toute autre organisation surplombante publique ou privée (comme un publicitaire). Et c'est bien dans ce contexte que toute innovation, tout nouveau service, est accueilli comme un cadeau des dieux !
Le système vélib' n'est donc nullement en rupture avec l'évolution de notre société. Tout d'abord parce qu'il constitue un élément supplémentaire de prise en charge de notre quotidien. Mais aussi parce qu'il donne l'illusion d'une dématérialisation de nos actes. Cela est évidemment factice, les questions matérielles sont décalées, rejetées dans le temps et l'espace et deviennent ainsi comme inexistantes au jour le jour.
Le succès du vélib' ne peut se comprendre que dans le contexte de la prise de conscience écologiste et de son pendant catastrophiste. Bien que l'argumentation écologiste prenne une place de plus en plus importante dans la société, celle-ci reste toutefois circonscrite à des questions de pollution sans doute pour le plus grand confort de MM. Al Gore et Hulot. Ce point de vue, par son étroitesse, ne peut que venir justifier une mise en ordre, un formatage de notre quotidien de plus en plus intrusif. En regardant l'alignement parfait des vélib’s sur leur station, on réalise que les contradictions de notre société ne cessent de susciter une surenchère technique qui s'exprime par un besoin d'ordre plus important. Cette situation ne peut qu'engendrer de l'opacité et de la fragilité venant ainsi amplifier les aspects chaotiques de notre société. Cette évolution est ancienne mais l'écologie médiatique se présente depuis quelques temps comme le nouveau carburant idéal de la société marchande administrée.
Nous n'avons pas de solution miracle à proposer, et d'ailleurs nous ne considérons pas la situation en ces termes. Nous ne pouvons que souhaiter une prise de conscience par la population et agir en conséquence afin, dans un même temps, de se responsabiliser, de saisir le sens de nos actes et de défendre des espaces de liberté.
R & D, avril 2008
Relocaliser et Désinformatiser
12:17 Publié dans Tracts | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : décroissance
03.11.2006
Une introduction à la Décroissance
Une introduction à la Décroissance
Voici une courte introduction à la Décroissance destinée à être publiée dans la feuille de choux qui accompagne les paniers bio de Fussy. Cette présentation succincte et partielle n’a pas pour objectif de faire le tour du sujet, bien des thèmes essentiels ne sont pas abordés (critique du progrès, de la science, de la technique, du développement, etc.). Non, l’objectif est plus modeste, il s’agit simplement de proposer un point de départ à une réflexion critique sur notre monde.
Le sentiment d’impuissance dont est victime la majeure partie de la population est aujourd’hui tel que la déresponsabilisation et la démission sont devenues les principales caractéristiques des individus modernes. Ainsi, nous pensons que seuls un réveil des consciences et un sursaut du sens critique permettront d’échapper au désastre écologique et social.
Souhaitons donc que cette introduction débouche sur la lecture d’ouvrages plus complets. Et notamment ceux des auteurs, désormais incontournables, que sont : Bernard Charbonneau, Jacques Ellul, Ivan Illich, Serge Latouche, Cornelius Castoriadis, François Partant, Pierre Clastres, Marshall Salhins, Alain Gras, …
Décroissance
« vivre tous simplement, pour que tous puissent simplement vivre »
Gandhi
1. Empreinte écologique
Selon les calculs effectués par le WWF l’empreinte écologique de l’humanité prise dans sa globalité a dépassé dans les années 80 le seuil critique d’une planète. En d’autres termes cela signifie que la Terre n’a plus, ni la capacité à éliminer les déchets produits, ni les ressources nécessaires au maintien de notre niveau de vie. Ce constat est sans appel : nous devons changer profondément notre mode de vie afin de faire décroître notre empreinte écologique !
2. Une fausse solution : le développement durable
Pour les tenants du développement durable, un tel changement est inutile : les innovations technologiques à venir, en proposant des objets toujours moins polluants, moins gourmands en énergie, plus efficaces, …, permettront de concilier écologie et niveau de vie. Bien que séduisante, cette solution ne résiste pas à l’épreuve des faits. Dans la pratique on constate en effet que la réduction à la source du facteur de pollution est systématiquement plus que compensée par l’augmentation constante du volume de biens ou de services : c’est « l’effet rebond ». Une voiture consommant deux fois moins d’essence, par exemple, sera deux à trois fois plus utilisée. Il est donc illusoire de croire qu’il est possible de réduire effectivement notre empreinte sans rompre avec l’imaginaire de notre société : l’équation « plus=mieux » !
3. Décroissance toute !
Moins de bruits, moins de pollutions, … nombreux sont les exemples qui illustrent comment « moins » peut être la source de mieux être. De même, outre la dimension écologique évidente, consommer moins permet de retrouver la maîtrise de nos usages (ai-je vraiment besoin de ceci ? de cela ?) tout en augmentant notre autonomie en réduisant notre dépendance aux produits issus du monde industriel. Mais attention ! Il ne s’agit pas seulement de faire moins (ce qui reviendrait à se frustrer), mais surtout de faire autrement (cuisiner plutôt que d’acheter des plats préparés, …). La recherche d’un mode de vie plus frugal, plus sobre, est par-dessus tout l’occasion de redonner du sens à nos activités quotidiennes : agir de manière responsable selon notre âme et conscience et non plus subir le diktat de la mégamachine techno-économique. Bref, sortir de la religion de la croissance…
13:55 Publié dans Tracts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26.06.2006
PASS NAVIGO
Voici un tract intéressant que nous venons de recevoir
LE PASS NAVIGO, UNE LAISSE ELECTRONIQUE
Au train où vont les choses, si tout se passe comme le projette la RATP [1] bientôt tous les usagers des transports en communs franciliens seront équipés d’une puce RFID. Ce dispositif électronique miniaturisé contenu dans le pass Navigo est conçu pour émettre et recevoir des informations à distance (c’est à dire sans contact).
Le fait même que les mouvements des individus “navigotés” soient enregistrés est une atteinte à la vie privée et aux libertés individuelles. Après la carte à puce bancaire et le téléphone portable et bien d’autres encore, cela vient compléter la liste des dispositifs électroniques permettant d’épier l’individu.
Alors que la RATP annonce déjà plus de 1,5 millions d’individus ainsi pucés, on peut s’étonner, voire s’alarmer du manque de réactions de ces derniers. Si on proposait aux individus de les tatouer avec un code barre, le système de contrôle ainsi mis en place serait équivalent et pourtant au combien plus explicite et parlant. Cela pourrait évoquer de mauvais souvenirs.
L’emballage clinquant de la modernité, le gain de temps absurde vanté par la RATP et son langage lénifiant permettent de passer outre ces réactions d’écœurement bien légitimes. En jouant au jeu des anagrammes, la quête de sens donne malgré tout une piste
NAVIGO = VA NIGO.
On arrive là au sens de ce projet. L’individu serait donc un objet et dans notre monde tout serait objet (produits, être vivants et mort-vivants). La RATP souhaite grâce à cette puce gérer les flux de passagers mais cela ne peut se faire sans piétiner la vie privée des individus. La volonté de contrôle s’exprime ainsi grâce aux technologies développées dans ce but. Tout doit être contrôlé. Les animaux d’élevages et les animaux de compagnie sont déjà pucés. Wal-Mart, la plus grande chaîne de distribution au monde, demande à un nombre croissant de ses fournisseurs de pucer ces produits.
Quel sera le prochain objet à être pucé ? Vous !
[1] Le STIF (Syndicat des transports parisiens d’Ile de France) est le véritable responsable de cette politique.
14:40 Publié dans Tracts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : décroissance soutenable
11.05.2006
RASPAIL
APPEL DE RASPAIL
Cela fait désormais bientôt deux mois que l’appel de RASPAIL a été rédigé et nous estimons que malheureusement celui-ci n’a eu ni l’audience ni l’écho qu’il méritait. Tandis que les médias dominants, focalisés comme ils l’étaient sur les dégradations commises à l'EHESS, ont simplement préféré l’ignorer, seuls deux journaux, à notre connaissance (à savoir le Monde libertaire et CQFD) ont diffusé cet appel.
Alors que la contestation du CPE menée par les syndicats ne soulevait pas les questions que nous jugeons indispensables, l’appel de RASPAIL a été comme une bouffée d’oxygène. Enfin, une voix s’élevait pour mettre l’accent sur l’essentiel : vouloir résoudre les problèmes de précarité sans prendre en compte le désastre écologique résultant du développement économique relève de l’autisme !
Ainsi, et ce même si nous ne souscrivons pas entièrement à cet appel (le rejet de l’Etat et de ses représentants dont il est question à la fin doit être, pour nous, plus amplement justifié), nous pensons que l’appel de RASPAIL doit être largement mis en circulation afin de créer le débat. Les diverses réactions suscitées par ce dernier (cf. le fameux communiqué diffusé par le PPLD, les nombreux échanges sur le forum de http://www.decroissance.info/, etc.) nous encouragent à penser que l’on ne peut faire l’économie d’une réflexion sérieuse sur cet appel.
L’appel de RASPAIL a une dimension historique en ce sens qu’il est l’expression de la pensée critique de notre époque. Il y a fort à parier qu’il deviendra une référence incontournable.
APPEL DE RASPAIL
Puisque nous parvenons de plus en plus précisément à envisager le moment où la Terre sera entièrement consumée par notre mode de vie, Puisque les scientifiques en sont réduit à nous promettre la colonisation d'autres planètes à consommer,
Nous, salariés et étudiants, stabilisés ou occasionnels, de la région parisienne et d'ailleurs, occupants du Centre d'Étude des Modes d'Industrialisation au 4è étage de l'EHESS en ce premier jour du printemps, voulons réfléchir à ce que pourrait être une vie pérenne et souhaitable dans un autre monde fini.
Il nous semble impossible de poser la question de la précarité des emplois et des revenus monétaires sans poser aussi celle de la précarité de la survie humaine globale. En ces temps de désastre écologique très avancé, nous pensons qu'aucune position politique et aucune revendication qui n'intègre pas le caractère d'impasse du développement économique, de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur.
Nous sommes donc à la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tous les gestionnaires « crédibles » du capitalisme et des mouvements sociaux (quand UNEF rime avec MEDEF...).
Nous voulons briser le culte dont sont l'objet les créateurs d'emplois et de richesse, réhabilités avec le concours de la gauche dans les années 1980. Aucun discours sur l'exploitation et la précarité n'a de sens et d'efficacité s'il s'interdit de malmener comme ils le méritent ces « bienfaiteurs de la collectivité ».
Nous voulons aussi lever le tabou de ce mouvement anti-CPE : la perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d'ordre et des revendications, n'est ni réaliste ni désirable.
Le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d'années. Il n'a certes jamais été autre chose qu'une marchandise pour le capital, mais ce qui a changé au stade actuel du « progrès » technologique c'est que l'accumulation d'argent exige moins d'humains à exploiter qu'avant. Il faut se mettre dans la tête que le capitalisme ne peut plus créer assez d'emplois pour tous. Et reconnaître qu'en plus, ceux qu'il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux.
Dans ce système, la production matérielle est délocalisée vers les pays « en voie de développement », où se concentre ainsi le désastre écologique (même si nous ne sommes pas en reste...). Et chez nous, dans notre économie de services prétendument immatérielle, fleurissent les emplois de serviteurs : esclaves des cadences robotiques, domestiques des « services à la personne » (voir les récents plans Borloo), petits soldats du management.
Ce mouvement ne sera fort et porteur d'avenir que s'il fait entendre une critique lucide du travail moderne. Et s'il permet d'établir définitivement qu'il n'y aura pas de sortie de crise. Loin de nous laisser abattre, nous voulons faire de ce constat une chance. Nous pensons qu'un mouvement social conséquent doit se donner pour but d'aider l'économie à s'effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d'en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc patiemment y constituer des milieux de vie où l'on puisse produire ses moyens de subsistance sans le concours de la machinerie industrielle, et où émergent de nouveaux rapports humains, dégagés d'elle. Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l'appareil de production existant, inutiles ou nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un rejet résolu de l'Etat et de ses représentants, qui seront presque toujours des obstacles à nos projets d'autonomie.
Cessons de réclamer un emploi stable pour chacun ! (même s'il arrive à tout le monde de chercher du boulot ou de l'argent)
Que la crise s'aggrave !
Que la vie l'emporte !
Les occupants du Centre d'Etude des Modes d'Industrialisation (à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, bd Raspail à Paris), constitués en Comité Pour la Désindustrialisation du Monde, entre l'aube du 21 mars 2006 et le milieu de la nuit suivante.
le vendredi 24 mars 2006
par Les occupants de l'EHESS
20:55 Publié dans Tracts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
