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08/09/2007

"La peur de la nature" de François Terrasson

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Au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature

par David Naulin

À l'heure où de lourdes menaces pèsent sur notre environnement et ou les certitudes scientifiques s'accumulent, il semble que l'homme soit incapable de protéger son bien le plus précieux : sa planète. Qu'elle en est la raison profonde ? Le livre choc de François Terrasson, éminent maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle décédé en 2006, est réédité depuis juin 2007 par les éditions Sang de Terre.

Au-delà des causes économiques, politiques, culturelles, sociales, qui rendent ardue la protection de la nature, il en est une, beaucoup plus cachée, insaisissable et sourde qui prévaut sur toutes les autres : l'homme occidental, maître économique actuel de la planète, a peur de la nature et de sa part d'animalité.

Aimez-vous vraiment la nature ? Toute la nature ? Le gluant, le griffu, le velu, le vaseux, l'organique ? François Terrasson, chercheur atypique, a décrypté nos rapports profonds aux forces originelles. Il nous révèle avec humour nos fonctionnements internes, et explique de manière lumineuse pourquoi notre société s'acharne à détruire la nature.

Quelques jours avant sa mort, François Terrasson, écrivait : "Je voyais évoluer dans les forêts et savanes mes amis naturalistes, semblant baigner dans des paradis. Et aussi la peur de tant de nos contemporains devant les milieux sauvages. Je voulais savoir pourquoi. Pourquoi le positif, pourquoi le négatif, débouchant souvent sur l'agressivité contre le milieu, habilement déguisée en aménagement ou en développement économique. La piste était foisonnante de résultats semblant expliquer toutes sortes d'actions incongrues : arrachage de haies, recalibrage de rivières, assèchement de mares, monocultures et liquidation des sociétés paysannes.

Le lien ou l'absence de lien avec la nature, voilà le point crucial ! Ou, comme le diraient les Indiens Cree du Canada, confrontés aux grands barrages de la Baie James : « le rapport spirituel avec le territoire ».

L'homme émotionnel perçoit, rêve, symbolise les aspects sensibles de l'Univers. Il accorde arbitrairement des valeurs (en moins ou en plus) à chacun d'eux : océan, ciel, forêt, broussaille, maison, rivière, autoroute, blaireau, automobile, piscine, kalachnikov... En fait, le choix des aspects d'amour est très influencé par tous les agents de conditionnement mental qui pullulent dans nos environnements. C'est ainsi que j'en viens à soupçonner que, si les ambiances de nature touchent nos comportements, celles d'absence de nature n'auraient pas moins d'influence." Extrait de "Les derniers mots d'un philosophe" publié par l'hebdomadaire Politis (mercredi 18 janvier 2006).

Nous constatons ainsi au fil des pages que nos créations ? champs agricoles dénudés s'étendant fièrement à l'infini, autoroutes en ligne droite, grands immeubles de verre et de métal s'élevant dignement dans le ciel ? ont toutes un point commun : elles célèbrent, par leur artificialité, le reniement de la nature et sa domination.

L'homme moderne n'en est plus à une contradiction près : il pense être le chef-d'oeuvre de la nature, mais refuse d'être perçu comme lié à elle. Il a fait Dieu à son image, et veut créer de la vie sur Mars, alors qu'il la détruit chez lui. En se détachant de la nature, en déniant sa part d'animalité, la civilisation moderne a pris le risque de ne plus la comprendre : les dysfonctionnement de la science (pollution, vache folle), révèlent à leur manière cette profonde rupture. « Et pendant bien longtemps encore, l'homme a été un animal presque comme les autres, chassant, pêchant sans perturber l'équilibre de la planète. En Europe occidentale, beaucoup de races différentes s'installèrent et subirent des changements climatiques en série, dont le dernier fut la grande glaciation qui prit fin il y a peut être douze mille ans. C'est ensuite que s'installèrent les grandes forets de hêtres et de chênes à la place de la toundra et des conifères. Et ce magnifique décor ne fut pas perturbé, car on avait oublié d'inventer l'agriculture ». Extrait de « La Peur de la Nature » aux Editions Du sang de la Terre. Une lecture tonique, drôle sinon optimiste, un point de départ incontournable pour toute réflexion liée à notre capacité à changer et à vivre harmonieusement avec notre environnement naturel.

"Sang de la Terre" de François Terrasson réédité aux Editions "Sang de Terre" - Prix public : 21,00 EURO

PS : François Terrasson L'auteur, François Terrasson, maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle, naturaliste accompli et écrivain, est décédé le 2 janvier 2006. Son parcours : Instituteur dans l'Allier, avant de rejoindre le Muséum en 1967, François Terrasson avait participé à la création du service de conservation de la Nature au Muséum et fut l'un des premiers à faire prendre en compte le milieu naturel dans les problématiques d'aménagement du territoire et d'agriculture. Issu d'une formation alliant les sciences humaines aux sciences de la nature, François Terrasson s'était d’abord spécialisé en agro-écologie. Il a sauvé des milliers de kilomètres de haies et des pans de bocage. Grâce à son approche sociale et humaine de la nature, l'agriculture française lui doit beaucoup. Il a contribué au premier inventaire écologique du bassin parisien et à celui de la côte aquitaine.

Plus connu par ses études sur la perception de la nature dans l'inconscient des individus et les comportements humains face à la nature, il a parcouru le monde décortiquant les civilisations, leur attitude face à la nature "sauvage" et leur rôle dans la construction des paysages. Il a travaillé également pour de nombreux organismes et institutions internationaux : l'UICN, où il contribua fortement à la rédaction de l'ouvrage de référence « Stratégie mondiale de conservation : la conservation des ressources vivantes au service du développement  durable » publié en 1980 ; le Conseil de l'Europe ; l'Université des Nations Unies... A titre personnel, il a milité dans des associations naturalistes régionales et nationales, notamment, l'association des journalistes et écrivains pour la nature et l'écologie (JNE). Il était l'auteur de trois ouvrages remarqués : La peur de la nature (Ed. Sang de la Terre-1995), La civilisation anti-nature (Ed. du Rocher-1995) et En finir avec la nature (Ed. du Rocher-2002). Il avait également à coeur de partager ses connaissances sur la diversité biologique à travers des milliers de conférences données dans le monde entier ou en organisant les célèbres «sorties nocturnes » dans la nature sauvage !

 

 

 

 

 

 

 

11:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : décroissance, écologie

07/03/2007

Cornélius Castoriadis

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La Décroissance est souvent réduite à sa dimension individuelle. Fréquemment les médias, lorsqu’ils abordent celle-ci, ne s’intéressent principalement qu’aux pratiques concrètes adoptées par les Objecteurs de Croissance pour vivre en accord avec leurs idées. Il y est donc question de simplicité volontaire, de « consommation responsable » à travers le bio, etc., parfois même d’autoproduction. Pourtant, si cet aspect est fondamental, il ne faudrait pas que celui-ci occulte la dimension collective, c’est-à-dire le projet politique, qui sous-tend le mouvement de la Décroissance. A savoir une société autonome au sens de Castoriadis et/ou de Illich (pour une discussion sur cette notion d’autonomie voir ici ).

 

Le texte ci-dessous est extrait d’un entretien avec de Cornélius Castoriadis avec Olivier Morel le 18 juin 1993 (pour l’intégralité voir La république des lettres, ou le recueil La montée de l’insignifiance aux édition du Seuil, 1996 pour plus de textes consacrés à la situation contemporaine). Dans ce bref mais intense passage Castoriadis aborde certains thèmes essentiels comme le Progrès, la sortie de l’économicisme, la place du travail, la question du sens, la démocratie, la frugalité, etc. La lucidité dont il fait preuve est impressionnante.

 

 

Concernant Castoriadis, signalons également qu’il existe un entretien réalisé par Daniel Mermet  à l’occasion de la sortie de La montée de l’insignifiance disponible sur le site de l’émission Là Bas si j’ suis à cette adresse .

 

Bonne lecture.

 

La montée de l'insignifiance (Extrait)

 

Il n'y a pas dans l'histoire de progrès, sauf dans le domaine instrumental. Avec une bombe H nous pouvons tuer beaucoup plus de monde qu'avec une hache en pierre et les mathématiques contemporaines sont infiniment plus riches, puissantes et complexes que l'arithmétique des primitifs. Mais une peinture de Picasso ne vaut ni plus ni moins que les fresques de Lascaux et d'Altamira, la musique balinaise est sublime et les mythologies de tous les peuples sont d'une beauté et d'une profondeur extraordinaires. Et si l'on parle du plan moral, nous n'avons qu'à regarder ce qui se passe autour de nous pour cesser de parler de "progrès". Le progrès est une signification imaginaire essentiellement capitaliste, à laquelle Marx lui-même s'est laissé prendre.

 

Cela dit, si l'on considère la situation actuelle, situation non pas de crise mais de décomposition, de délabrement des sociétés occidentales, on se trouve devant une antinomie de première grandeur. La voici: ce qui est requis est immense, va très loin - et les êtres humains, tels qu'ils sont et tels qu'ils sont constamment reproduits par les sociétés occidentales, mais aussi par les autres, en sont immensément éloignés. Qu'est-ce qui est requis ? Compte tenu de la crise écologique, de l'extrême inégalité de la répartition des richesses entre pays riches et pays pauvres, de la quasi-impossibilité du système de continuer sa course présente, ce qui est requis est une nouvelle création imaginaire d'une importance sans pareille dans le passé, une création qui mettrait au centre de la vie humaine d'autres significations que l'expansion de la production et de la consommation, qui poserait des objectifs de vie différents, qui puissent être reconnus par les êtres humains comme valant la peine. Cela exigerait évidemment une réorganisation des institutions sociales, des rapports de travail, des rapports économiques, politiques, culturels. Or cette orientation est extrêmement loin de ce que pensent, et peut-être de ce que désirent les humains aujourd'hui. Telle est l'immense difficulté à laquelle nous avons à faire face. Nous devrions vouloir une société dans laquelle les valeurs économiques ont cessé d'être centrales (ou uniques), où l'économie est remise à sa place comme simple moyen de la vie humaine et non comme fin ultime, dans laquelle on renonce à cette course folle vers une consommation toujours accrue. Cela n'est pas seulement nécessaire pour éviter la destruction définitive de l'environnement terrestre, mais aussi et surtout pour sortir de la misère psychique et morale des humains contemporains. Il faudrait donc désormais que les êtres humains (je parle maintenant des pays riches) acceptent un niveau de vie décent mais frugal, et renoncent à l'idée que l'objectif central de leur vie est que leur consommation augmente de 2 ou 3 % par an. Pour qu'ils acceptent cela, il faudrait qu'autre chose donne sens à leur vie. On sait, je sais ce que peut être cette autre chose - mais évidemment cela ne signifie rien si la grande majorité des gens ne l'accepte pas, et ne fait pas ce qu'il faut pour qu'elle se réalise. Cette autre chose, c'est le développement des êtres humains, à la place du développement des gadgets. Cela exigerait une autre organisation du travail, qui devrait cesser d'être une corvée pour devenir un champ de déploiement des capacités humaines, d'autres systèmes politiques, une véritable démocratie comportant la participation de tous à la prise des décisions, une autre organisation de la païdeïa pour former des citoyens capables de gouverner et d'être gouvernés, comme disait admirablement Aristote - et ainsi de suite... Bien évidemment, tout cela pose des problèmes immenses: par exemple, comment une démocratie véritable, une démocratie directe, pourrait-elle fonctionner non plus à l'échelle de 30 000 citoyens, comme dans l'Athènes classique, mais à l'échelle de 40 millions de citoyens comme en France, ou même à l'échelle de plusieurs milliards d'individus sur la planète. Problèmes immensément difficiles, mais à mon avis solubles -- à condition précisément que la majorité des êtres humains et leurs capacités se mobilisent pour en créer les solutions -- au lieu de se préoccuper de savoir quand est-ce que l'on pourra avoir une télévision 3 D.

 

Telles sont les tâches qui sont devant nous - et la tragédie de notre époque est que l'humanité occidentale est très loin d'en être préoccupée. Combien de temps cette humanité restera obsédée par ces inanités et ces illusions que l'on appelle marchandises? Est-ce qu'une catastrophe quelconque - écologique, par exemple - amènerait un réveil brutal, ou bien plutôt des régimes autoritaires ou totalitaires? Personne ne peut répondre à ce type de questions. Ce que l'on peut dire, est que tous ceux qui ont conscience du caractère terriblement lourd des enjeux doivent essayer de parler, de critiquer cette course vers l'abîme, d'éveiller la conscience de leurs concitoyens.

14:10 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : décroissance, écologie

Moratoire sur les OGM

medium_OGM.5.jpgSuite à deux jours de débats, les 26 et 27 février à Orléans, les 16 organisations qui organisaient les Etats Généraux du Moratoire lance l’Appel d’Orléans qu’il est possible de signer à l’adresse suivante : http://www.moratoireogm.fr/.



APPEL D’ORLÉANS
UN MORATOIRE POUR UN PRINTEMPS SANS OGM

Considérant : Qu’il n’y a pas aujourd’hui de cadre légal résultant d’un véritable débat public sur la question des OGM (Organismes Génétiquement Modifiés) et de la responsabilité de ceux qui les disséminent,

Que la volonté de quelques opérateurs économiques d’imposer en 2007 la culture de plusieurs dizaines de milliers d’hectares de maïs transgénique s’oppose frontalement à la volonté de plus de 80 % des français qui ne veulent d’OGM ni dans les champs ni dans les assiettes,

Que le seul maïs OGM actuellement cultivable en France, le MON 810, n’a jamais été évalué conformément au cadre européen imposé par la directive 2001/18 qui exige notamment une évaluation des effets cumulés à long terme sur la santé et l’environnement, et de plus que les conséquences de la culture de maïs OGM sur la situation écologique et agricole spécifique à chaque région française n’ont pas non plus été évaluées,

Que les préjudices qui en résulteraient pour les systèmes agraires traditionnels remettraient en cause leur pérennité,

Que de nombreuses publications scientifiques montrent que la généralisation des cultures de maïs transgéniques entraîne obligatoirement la disparition de la liberté d’élever des abeilles sans risque de contamination et de cultiver sans OGM des maïs conventionnel, doux et biologique, tout particulièrement celle des petits paysans cultivant de petites parcelles,

Que l’intérêt majeur des PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) est le brevet qui permet à quelques entreprises semencières d’interdire aux paysans de sélectionner leurs propres semences à partir de leur récolte et de leur imposer l’achat des pesticides liés à la culture des variétés qu’elles vendent,

Que l’intérêt économique de l’agriculture française réside avant tout dans sa capacité à répondre à la demande des consommateurs qui veulent des produits sans OGM, et qu’elle se ruinerait en prenant le moindre risque de perdre leur confiance,

Conformément au souhait de la majorité des français,

Conformément au moratoire déjà pris par le gouvernement français pour interdire les cultures de colza transgénique sur le territoire national,

Conformément aux votes de la France et de la majorité qualifiée des États européens reconnaissant le bien fondé des moratoires autrichiens et hongrois,

Conformément au principe de précaution inscrit dans la Constitution au travers de la Charte de l’Environnement,

Les délégués participant aux premières rencontres des États Généraux du Moratoire [1] réunis à Orléans les 26 et 27 février 2007 :

– exigent que le gouvernement adopte immédiatement un moratoire sur les cultures GM comme le lui permet la clause de sauvegarde prévue à l’article 23 de la directive 2001/18,

– demandent aux élus locaux et régionaux d’exiger ce moratoire, vu l’interdiction qui leur est faite de prendre les mesures locales nécessaires à l’interdiction de ces cultures,

– demandent aux parlementaires de faire les démarches nécessaires auprès du gouvernement pour qu’il notifie cette décision de moratoire à la Commission européenne,

– demandent au gouvernement d’exiger l’application du moratoire aux niveaux européen et international.