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16/06/2008

L’horloge : la première machine moderne selon Lewis Mumford

Horloge.jpgPour poursuivre dans l’idée que les véritables machines modernes ne sont pas forcément là où le croit généralement, voici un extrait du premier chapitre du livre Technique et Civilisation écrit par Lewis Mumford et publié en 1950, dans lequel ce dernier décrit l’apparition de l’horloge :

Après la longue incertitude et la confusion sanglante qui marquèrent la chute de l’Empire romain, un désir d’ordre et de puissance – différent de celui qui s’exprime par la domination militaire sur les plus faibles – se manifesta d’abord dans les monastères occidentaux. Aux variations de la vie séculière, la règle opposait sa discipline de fer. Aux six dévotions quotidiennes, Saint Bernard en ajouta une septième. Une bulle du Pape Sabinien (604-606), au VIIe siècle, décréta que les cloches des monastères sonneraient sept fois par vingt-quatre heures. Ces ponctuations de la journée constituaient les heures canoniques. Il devint nécessaire d’avoir un moyen de les compter et d’assurer leur répétition régulière.

Si l’horloge mécanique n’apparut que lorsque les cités du XIIIe siècle exigèrent une vie réglée, l’habitude de l’ordre en soi et la régulation sérieuse du temps étaient devenues une seconde nature dans le monastère.

 

La discipline de l’horloge, du monastère à la ville

 

Les monastères contribuèrent à donner aux entreprises humaines le rythme régulier et collectif de la machine. La pendule ne garde pas seulement la trace des heures, elle synchronise les actions humaines. Est-ce à cause du désir de la communauté chrétienne d’assurer aux vies le salut éternel par des prières et dévotions régulières que la mesure du temps et les habitudes d’ordre temporel – dont la civilisation capitaliste tire profit aujourd’hui – prirent naissance dans l’esprit des hommes ? Il faut sans doute accepter l’ironie de ce paradoxe. En tout cas, vers le XIIIe siècle, des horloges mécaniques sont mentionnées, et vers 1370, Heinrich Von Wyck construisit à Paris une horloge « moderne » bien conçue. A cette époque, les tours d’horloge apparaissent. Si, jusqu’au XIVe siècle, les nouvelles horloges ne possèdent pas de cadran et d’aiguilles pour traduire le mouvement dans le temps par un mouvement dans l’espace, du moins sonnent-elles les heures. Désormais, on n’avait plus à craindre les nuages qui paralysent le cadran solaire, le gel qui arrête la clepsydre pendant les nuits d’hiver : été comme hivers, jour et nuit, on entendait le rythme de l’horloge. L’instrument se répandit alors hors des monastères, et la sonnerie régulière des cloches apporta une régularité jusque-là inconnue dans la vie de l’artisan et du marchand. Les cloches de la tour d’horloge commandèrent même la vie urbaine. On mesurait le temps, on le servait, on le comptait, on le rationnait, et l’éternité cessa progressivement d’être la mesure et le points de convergence des actions humaines.

L’horloge est une pièce de mécanique dont les minutes et les secondes sont le produit. Elle a dissocié le temps des événements humains et contribué à a croyance en un monde indépendant, aux séquences mathématiquement mesurables, le monde spécial de la science. Alors que dans la succession des jours, le temps est mesuré non par le calendrier, mais par les événements qui l’ont rempli. Le berger compte le temps depuis la naissance des agneaux, le fermier depuis le jour des semailles ou jusqu’au jour de la récolte.

Selon Thorndike (1874-1949), la division des heures en soixante minutes et des minutes en soixante secondes aurait été généralisée vers 1345. C’est ce cadre abstrait du temps qui est devenu de plus en plus le point de référence à la fois de l’action et de la pensée. Dès le XVIe siècle, un jeune ouvrier de Nuremberg, Peter Henlein, aurait crée «  des monstres à plusieurs rouages, à partir de petits morceaux de fer. » Vers la fin de ce siècle, la pendule domestique fut introduite en Angleterre et en Hollande.

La nouvelle bourgeoisie fut la première à découvrir, comme Benjamin Franklin (1706-1790) l’a exprimé plus tard que « le temps c’est de l’argent ». Etre « aussi régulier qu’une horloge » devint l’idéal bourgeois. La possession d’une montre fut longtemps le symbole du succès. Le rythme croissant de la civilisation augmenta la demande d’énergie. En retour l’énergie accéléra le rythme.

Toutefois, la vie ponctuelle et ordonnée qui prit naissance dans les monastères n’est pas innée chez l’homme, bien que les peuples occidentaux soient maintenant si enrégimentés par l’horloge que cette vie soit devenue « une seconde nature », et qu’ils considèrent l’observance des divisions du temps comme un fait naturel. Beaucoup de civilisations orientales ont fleuri avec une conception plus large du temps. Les Hindous se sont montrés si indifférents au temps qu’ils n’ont même pas de chronologie exacte des années.

On ne peut surestimer le gain en « efficience » mécanique que permirent la coordination et l’articulation étroite des faits quotidiens. Il ne peut se mesurer en chevaux-vapeurs, mais on peut aisément imaginer que sa suppression aujourd’hui amènerait la rupture rapide et sans doute l’effondrement de notre société tout entière. Le régime industriel moderne se passerait plus facilement de charbon, de fer, de vapeur que d’horloges.

 

13:31 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (2)

13/06/2008

Sur la technique

« Il ne s’agit pas de devenir technophobe, il s’agit plutôt de comprendre pourquoi la technique est devenue une nouvelle épée de Damoclès au dessus de l’humanité en retraçant les menaces invisibles et refoulées qu’implique son autonomisation actuelle. »

Louis Marion

Trop souvent, les considérations, légitimes, sur la nécessaire décroissance de l’empreinte écologique occultent une dimension toute aussi importante du « mouvement » de la Décroissance à savoir sa réflexion sur la place prise par la technique dans notre société. Comme le souligne Serge Latouche dans son livre le Pari de la décroissance : « L’idée de décroissance a une double filiation. Elle s’est formée d’une part dans la prise de conscience de la crise écologique et d’autre part dans le fil de la critique de la technique et du développement. » Pourtant cette critique de la technique passe mal. Le mythe selon lequel la technique est neutre et qu’il serait donc possible d’en dissocier les bons côtés des mauvais reste en effet bien tenace.

 

C’est dans ce cadre, afin de contribuer à la nécessaire prise en compte du rôle que joue aujourd’hui la technique, que l’article qui suit me semble intéressant. Cet hommage au philosophe allemand Günter Anders, rédigé par le québécois Louis Marion et intitulé : Essai sur la dimension technique de la domination contemporaine a le mérite d’exposer simplement certaines idées qui me paraissent importantes, comme, entre autres, le « décalage prométhéen » et la déresponsabilisation qui en résulte.

 

Toutefois, j’aimerai insister sur un aspect qui n’apparaît qu’en filigrane dans cet article, à savoir l’extension de l’ordre des machines à la société dans son ensemble. Il me semble en effet que la technique, loin de se limiter aux outils et aux machines, doit être pensée de manière plus globale comme un procédé général. En ce sens, limiter la question de la technique à celle du machinisme comme le fait l’auteur est réducteur. La distinction que fait Jacques Ellul entre l’« opération technique » et le « phénomène technique » est, à mon avis, à même de mieux éclairer la situation. Par « opération technique », Ellul désigne toute activité réalisée avec une certaine méthode pour atteindre une fin donnée. Ainsi, pour reprendre l’exemple exposé dans les prolégomènes, lorsque l’araignée tisse sa toile afin d’attraper des mouches, son activité relève bien du domaine de « l’opération technique ». Tout autre est cependant le « phénomène technique ». Par là, Ellul signifie en effet « la préoccupation de l’immense majorité des hommes de notre temps de rechercher en toutes choses la méthode absolument la plus efficace» (cf. La technique ou l’enjeu du siècle p19). Car, ce qui est notable, c’est que, cette recherche consciente de l’efficacité s’effectuant dans toutes choses, celle-ci permet à l’ordre technique de s’immiscer dans tous les domaines et pas seulement celui des machines : le phénomène technique concerne aussi bien des activités futiles et mineures comme le sport que d’autres plus importantes comme l’administration bureaucratique de l’Etat ou encore les processus de production de marchandises.

 

Ainsi, et contrairement à ce qu’avance l’auteur, il me semble que ce n’est pas tant le remplacement des outils par des machines ou le remplacement de l’artisan par la chaîne de montage qui pose problème, que l’apparition du « phénomène technique ». L’efficacité dans tous les domaines érigée comme fin en soi ne peut en effet que conduire à l’édification d’une société-usine où la personne fait place au rouage interchangeable. Pour conclure, je laisserai le mot de la fin à Bernard Charbonneau :

 

« On a longtemps eu le tort de réduire la civilisation industrielle à la machine ; elle en est l'aspect le plus voyant mais aussi le plus superficiel. Nos vraies machines sont des usines et des bureaux. [...] Nos villes, nos nations, strictement soumises à des normes appelées règlement ou lois, nouées en un réseau de rails, de conduites et de lignes sont d'énormes appareils de plus en plus menés selon des règles techniques. Et si la machine peut être considérée comme une organisation concrète, l'organisation politique : l'Etat, doit l'être comme une machine abstraite. C'est l'organisation, et non la machine, qui caractérise notre temps. »

Le système et le chaos p39

 

Steeve 

08:18 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0)

09/01/2008

Que faut-il donc attendre du progrès technologique ?

Source : http://paris.indymedia.org/

 

Contribution copyleft des Lapins blancs.
Message(s) fragment(s) de pensée critique pour rediffusions autonomes du lien, en vue de faire surgir du temps de cerveau indisponible au totalitarisme mafieux-marchand.

 

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14:20 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (0)