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A tout ceux qui ne veulent pas gérer les nuisances mais les supprimer

Ce texte de l’Encyclopédie des Nuisances [1] déjà vieux de 17 ans n’en a pas moins conservé toute sa pertinence. Certains seront sans doute surpris d’y voir mis en cause l’écologisme. Pourtant loin d’être une nouvelle querelle de chapelles, il s’agit là de mettre en évidence les insuffisances et l’inconsistance des pratiques écologistes qui malgré les bonnes intentions affichées ne font en définitive que renforcer la source des maux dont nous sommes victimes.

« Dire de la pratique des écologistes qu’elle est réformiste serait encore lui faire trop d’honneur, car elle s’inscrit directement et délibérément dans la logique de la domination capitaliste, qui étend sans cesse, par ses destructions mêmes, le terrain de son exercice »

Ce qui manque à l’écologisme c’est une remise en question du problème à sa racine : le Développement. Sans la prise en compte de ce phénomène tout espoir de sortir des contradictions de notre civilisation est vain. L’objecteur de croissance Serge Latouche ne s’y trompe pas lorsqu’il qualifie ce vocable de toxique [2]. De même Bernard Charbonneau, dans un ouvrage adressé au mouvement écologiste, prévient que :

« Avec la crise du pétrole on peut penser que l’énergie solaire deviendra une réalité. Mais dans le cadre du Développement elle ne remplacera pas le nucléaire, elle si ajoutera. ». [3]

W. Sachs quant à lui, montre fort justement que l’écologisme ne marque en rien une rupture avec les pratiques existantes puisqu’en fin de compte il ne fait que pousser à son terme la rationalisation du monde déjà amorcée :

« Puisque leur sens écologique se contente d’une cure d’efficacité pour les moyens et ne remet pas en question la croissance constante des objectifs, ils ne peuvent s’empêcher de pousser plus loin la rationalisation du monde au nom de l’écologie » [4]

Ainsi, l’écologisme ne fait que conforter la technostructure et son cortège d’experts patentés, et ceci alors même que la prolifération de ces derniers ôte aux individus la capacité de maîtriser leurs conditions d’existence tout en leur supprimant la possibilité d’agir suivant leur propre expérience du monde. Aussi ne peut-on qu’être d’accord avec ce passage de l’EdN:

« Contre une critique encore séparée et spécialisée des nuisances, défendre les simples exigences unitaires de la critique sociale n’est pas seulement réaffirmer, comme but total, qu’il ne s’agit pas de changer les experts au pouvoir mais d’abolir les conditions qui rendent nécessaires les experts et la spécialisation du pouvoir ; c’est également un impératif tactique, pour une lutte qui ne peut parler le langage des spécialistes si elle veut trouver ses alliés en s’adressant à tous ceux qui n’ont aucun pouvoir en tant que spécialiste de quoi que ce soit. »

La critique des pratiques écologistes est loin d’être une simple coquetterie visant à l’originalité. Il est aujourd’hui fondamental de rompre avec une logique qui ne fait qu’accompagner le naufrage du monde. Sans une telle rupture, c’est-à-dire une sortie de l’écologisme économiciste, il se pourrait bien en effet que dans un avenir proche la sombre prophétie de Bernard Charbonneau ne devienne réalité :

« Ce seront les divers responsables de la ruine de la terre qui organiseront le sauvetage du peu qui en restera, et qui après l’abondance géreront la pénurie et la survie » [5]

[1] Merci au passage à Clément Homs de nous avoir fait part de ce texte.
[2] Serge Latouche A bas le développement durable ! Vivre la décroissance conviviale ! Texte disponible en ligne à l’adresse : http://ecolib.free.fr/textes/fondam/page01d.html
[3] B. Charbonneau Le Feu vert p129.
[4] W. Sachs Les ruines du développement p76.
[5] B.Charbonneau Le Feu Vert p131

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