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11/05/2006

RASPAIL

APPEL DE RASPAIL
 
Cela fait désormais bientôt deux mois que l’appel de RASPAIL a été rédigé et nous estimons que malheureusement celui-ci n’a eu ni l’audience ni l’écho qu’il méritait. Tandis que les médias dominants, focalisés comme ils l’étaient sur les dégradations commises à l'EHESS, ont simplement préféré l’ignorer, seuls deux journaux, à notre connaissance (à savoir le Monde libertaire et CQFD) ont diffusé cet appel.
 
Alors que la contestation du CPE menée par les syndicats ne soulevait pas les questions que nous jugeons indispensables, l’appel de RASPAIL a été comme une bouffée d’oxygène. Enfin, une voix s’élevait pour mettre l’accent sur l’essentiel : vouloir résoudre les problèmes de précarité sans prendre en compte le désastre écologique résultant du développement économique relève de l’autisme !
 
Ainsi, et ce même si nous ne souscrivons pas entièrement à cet appel (le rejet de l’Etat et de ses représentants dont il est question à la fin doit être, pour nous, plus amplement justifié), nous pensons que l’appel de RASPAIL doit être largement mis en circulation afin de créer le débat. Les diverses réactions suscitées par ce dernier (cf. le fameux communiqué diffusé par le PPLD, les nombreux échanges sur le forum de http://www.decroissance.info/, etc.) nous encouragent à penser que l’on ne peut faire l’économie d’une réflexion sérieuse sur cet appel.
 
L’appel de RASPAIL a une dimension historique en ce sens qu’il est l’expression de la pensée critique de notre époque. Il y a fort à parier qu’il deviendra une référence incontournable.
 
APPEL DE RASPAIL



Puisque nous parvenons de plus en plus précisément à envisager le moment où la Terre sera entièrement consumée par notre mode de vie, Puisque les scientifiques en sont réduit à nous promettre la colonisation d'autres planètes à consommer,

Nous, salariés et étudiants, stabilisés ou occasionnels, de la région parisienne et d'ailleurs, occupants du Centre d'Étude des Modes d'Industrialisation au 4è étage de l'EHESS en ce premier jour du printemps, voulons réfléchir à ce que pourrait être une vie pérenne et souhaitable dans un autre monde fini.

Il nous semble impossible de poser la question de la précarité des emplois et des revenus monétaires sans poser aussi celle de la précarité de la survie humaine globale. En ces temps de désastre écologique très avancé, nous pensons qu'aucune position politique et aucune revendication qui n'intègre pas le caractère d'impasse du développement économique, de la croissance, ne peuvent avoir la moindre valeur.

Nous sommes donc à la fois fantastiquement utopistes et radicalement pragmatiques, bien plus pragmatiques au fond que tous les gestionnaires « crédibles » du capitalisme et des mouvements sociaux (quand UNEF rime avec MEDEF...).

Nous voulons briser le culte dont sont l'objet les créateurs d'emplois et de richesse, réhabilités avec le concours de la gauche dans les années 1980. Aucun discours sur l'exploitation et la précarité n'a de sens et d'efficacité s'il s'interdit de malmener comme ils le méritent ces « bienfaiteurs de la collectivité ».

Nous voulons aussi lever le tabou de ce mouvement anti-CPE : la perspective du plein-emploi, qui sous-tend la plupart des mots d'ordre et des revendications, n'est ni réaliste ni désirable.

Le travail humain, en Occident, est supprimé massivement par les machines et les ordinateurs depuis plusieurs dizaines d'années. Il n'a certes jamais été autre chose qu'une marchandise pour le capital, mais ce qui a changé au stade actuel du « progrès » technologique c'est que l'accumulation d'argent exige moins d'humains à exploiter qu'avant. Il faut se mettre dans la tête que le capitalisme ne peut plus créer assez d'emplois pour tous. Et reconnaître qu'en plus, ceux qu'il crée encore péniblement sont de plus en plus vides, déconnectés de nos besoins fondamentaux.

Dans ce système, la production matérielle est délocalisée vers les pays « en voie de développement », où se concentre ainsi le désastre écologique (même si nous ne sommes pas en reste...). Et chez nous, dans notre économie de services prétendument immatérielle, fleurissent les emplois de serviteurs : esclaves des cadences robotiques, domestiques des « services à la personne » (voir les récents plans Borloo), petits soldats du management.

Ce mouvement ne sera fort et porteur d'avenir que s'il fait entendre une critique lucide du travail moderne. Et s'il permet d'établir définitivement qu'il n'y aura pas de sortie de crise. Loin de nous laisser abattre, nous voulons faire de ce constat une chance. Nous pensons qu'un mouvement social conséquent doit se donner pour but d'aider l'économie à s'effondrer. Le monde actuel ne connaît pas d'en-dehors, on ne peut pas espérer le fuir. Il faut donc patiemment y constituer des milieux de vie où l'on puisse produire ses moyens de subsistance sans le concours de la machinerie industrielle, et où émergent de nouveaux rapports humains, dégagés d'elle. Il faut dans le même temps entreprendre le démantèlement de pans entiers de l'appareil de production existant, inutiles ou nuisibles. Bien sûr, tout cela exige, dans nos discours comme dans nos pratiques, un rejet résolu de l'Etat et de ses représentants, qui seront presque toujours des obstacles à nos projets d'autonomie.

Cessons de réclamer un emploi stable pour chacun ! (même s'il arrive à tout le monde de chercher du boulot ou de l'argent)

Que la crise s'aggrave !

Que la vie l'emporte !

Les occupants du Centre d'Etude des Modes d'Industrialisation (à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, bd Raspail à Paris), constitués en Comité Pour la Désindustrialisation du Monde, entre l'aube du 21 mars 2006 et le milieu de la nuit suivante.



le vendredi 24 mars 2006
par Les occupants de l'EHESS

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