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30/11/2006

Le fascisme applaudi au Collège de France

Le fascisme applaudi au Collège de France

 

Voici le compte rendu d’une action menée par une fraction de L’Obscur Groupe Oblomoff. Ce groupe de réflexion auteur d’une « Plateforme critique de la recherche scientifique » (disponible sur notre site à la rubrique documents) met selon nous le doigt sur l’essentiel, à savoir que

« La question n’est pas de rapprocher la science du citoyen, mais de casser la logique de l’expertise, de dénoncer le mensonge de la neutralité de la recherche et d’empêcher la science contemporaine de contribuer, au jour le jour, à détruire la politique, la remplaçant par une affaire technique. »

 

Compte rendu :

Ce 27 novembre 2006 avait lieu au Collège de France une cérémonie solennelle célébrant  Jean-Pierre Changeux, « philosophe » et spécialiste des neurosciences. S’enchaînaient des interventions, des films-souvenir à la gloire de cet acharné du réductionnisme, des OGM et du fichage génétique, aujourd’hui promu professeur émérite. A la pause-café, au milieu de ce gala mondain, et avec l’accord ingénu de l’organisateur, d’ « anciens élèves » de Jean-Pierre Changeux ont pris la parole.

Cet « éloge » acide a fait valoir le projet de Changeux de « psychiatriser la vie » et saluait ensuite la pluridisciplinarité du « Maître », qui « fut tour à tour technocrate, eugéniste, gardien de zoo, quincaillier et flic. » Le « Herr Professor » final, ainsi que le slogan « Science, Croissance, Obéissance » furent salués par des applaudissements enthousiastes, couvrant l’effarement de quelques uns ― à commencer par Jean-Pierre Changeux lui-même.

Si nous pouvons, au mieux, déplorer une grégarité dramatique, ces applaudissements viennent surtout témoigner du fascisme intégré de ces docteurs Folamour, à peine voilé par la pseudo-neutralité scientifique.

Brisons la dictature ordinaire des experts, ridiculisons les élites.

Une fraction de L’Obscur Groupe Oblomoff. 

 

Éloge de M. J-P. Changeux

 

« L’audace du savoir est sans limites, c’est l’un des traits les plus attachants de la recherche scientifique » [1] déclarait Jean-Pierre Changeux au philosophe Paul Ricoeur. Tout au long de son existence, M. Changeux a donné corps à cette formule en procédant au dépeçage systématique de l’esprit humain. L’esprit ! Cet héritage laborieux de la pensée primitive, Changeux l’a combattu avec cette audace sans limites qui caractérise la pensée scientifique : « L’homme n’a dès lors plus rien à faire de ‘l’esprit’, il lui suffit d’être un homme neuronal »[2], disait-il encore à Ricoeur. C’est pour nous, anciens élèves de Changeux et à ce titre, hommes neuronaux, un immense honneur de célébrer ici la pensée de notre maître. Nous tenons à en rappeler, dans cette vénérable enceinte, les aspects les plus marquants. 

Pour Jean-Pierre Changeux, la neurobiologie, aidée des progrès de la génétique, s’est très tôt révélée être l’instrument privilégié de l’utopie : celle d’une humanité entièrement régie par les lois de la biologie. Derrière l’histoire, les histoires des hommes, ces fictions et ces mythes qui les déchirent, il y a la vie de l’espèce, universelle et concrète. À la tête du Comité Consultatif National d’Éthique, il a fallu à notre maître un courage ininterrompu pour défendre les valeurs objectives de l’approche réductionniste. Pour libérer les cerveaux des idéologies et du subjectivisme qui les entravent, il lui a fallu combattre sans relâche la diversité culturelle et historique, source de conflits infinis. Comme il le déclarait dans L’homme neuronal, « les représentations culturelles propres à la pensée mythique » sont encore aujourd’hui bien enracinées dans nos sociétés : « fondamentalisme, vandalisme écologiste, médecines douces, homéopathie »… Elles « contredisent le sens commun et les lois de la physique. Elles pourraient mettre en danger l’espèce »[3]. À un Michel Foucault affirmant « Il faut défendre la société », notre maître aurait répliqué avec brio : Il faut défendre le patrimoine génétique.

 

« Je ne peux pas rester aveugle, sourd et muet devant la réalité dramatique qui accable nos sociétés »[4], affirmait Jean-Pierre Changeux en 1998. Sa position privilégiée sur « l’agora planétaire du débat scientifique »[5] lui a permis de faire entendre une pensée politique résolument progressiste, orientée vers un partenariat fort avec l’industrie de pointe. Notre maître a pris sur lui de militer en faveur des applications technologiques « qui contribuent à combler le fossé qui sépare la communauté scientifique du reste de la société »[6], aux côtés notamment de F. Ewald en faveur des OGM et contre « les nouveaux vandales »[7] En matière d’ingénieurie sociale, reprenant le flambeau de la phrénologie de Gall, il s’est penché tout particulièrement sur la synergie de la biologie moléculaire et de l’informatique pour préconiser la détection « au niveau de la population, des prédispositions génétiques à des maladies, ou, au niveau de l’individu, la constitution du « profil génétique » qui complètera son dossier médical. Peut-on déjà parler de cyberdocteurs au savoir infiniment étendu…. ? »[8]. Substituer, pour mieux gérer la société, la rigueur de l’approche clinique à la versatilité de la vie politique fut le cœur du travail de Jean-Pierre Changeux. Une lutte sans relâche contre l’intrusion de la morale, toujours prompte à refaire surface au sein même du monde scientifique, et plus fondamentalement, contre la parole elle-même, si peu adaptée à la communication directe entre les hommes, « système de codage lourd et encombrant qui véhicule tant bien que mal le ‘langage de la pensée’ »[9]. Agir directement sur les activités mentales, fonder une véritable police cybernétique, faire un sort au problème insoluble de la pluralité humaine, en un mot psychiatriser la vie, tel fut le projet visionnaire de notre maître. À cet égard, la démarche politique de Jean-Pierre Changeux peut être comparée à celle que Pascal avait donnée pour être celle des philosophes : « S’ils ont écrit de politique, c’était comme pour régler un hôpital de fous ». À nouveau, saluons le grand homme qui parvint à donner une légitimité politique et institutionnelle au projet de domination totale du vivant, et qui, dans un esprit d’ouverture et de pluridisciplinarité, fut tour à tour technocrate, eugéniste, gardien de zoo, quincailler et flic.

 

Herr Professor !

 

[1] La Nature et la règle, entretien avec P. Ricoeur, Odile Jacob, Paris, 1998, p. 237.

 

[2] L’Homme neuronal, Fayard, Paris, 1983, p. 228.

[3] Ibid., p. 340.

[4] La Nature et la règle, entretien avec P. Ricoeur, Odile Jacob, Paris, 1998, p. 303.

[5] Sur le caractère totalement libre et dénué d’idéologie du débat scientifique mondial, voir L’Homme de vérité, trad. française, Odile Jacob, Paris, 2002, pp. 396-397.

 

[6] Ibid., p. 399.

 

[7] Cité dans L’Homme de vérité, p. 366. Voir aussi entretien avec La Citoyenneté : « Partir en guerre contre les OGM, sans discrimination, est une démarche obscurantiste ».

 

[8] Ibid., p. 389

 

[9] L’Homme neuronal, Fayard, Paris, 1983, p. 218.

 

11:45 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (4)

09/06/2006

Retour sur MINATEC

RETOUR SUR MINATEC

Le 1er juin s’est déroulée à Grenoble une manifestation contre MINATEC, le centre européen de recherche sur les micro et nanotechnologies. Cet événement était l’espérance pour nous de voir porter dans la sphère médiatique les enjeux et les risques associés à un développement aveugle de la techno-science dont les nanotechnologies sont aujourd’hui la tête de pont.
 

Malheureusement, une semaine après, force est de constater que la mobilisation d’un millier de personne n’a pas été suffisante pour que la presse se mette à évoquer des questions essentielles à la compréhension de notre société comme, la science est-elle neutre ? Quels paradigmes scientifiques pilotent ce types recherches ? La distinction ingénieur/savant (invention/découverte) est-elle toujours de mise ? Qui profitera des ces avancées techniques ? A quel(s) besoin(s) celles-ci sont-elles sensées répondre ?

La peur du « flicage généralisé » mis en avant par les médias n’est que l’arbre qui cache la forêt. C’est bien l’activité même de la recherche scientifique qu’il faut remettre en question. Au-delà des risques sociaux et écologiques probables c’est l’objet d’étude de la recherche qui doit être débattu par l’ensemble de la société. Rappelons que choisir d’affecter des millions d’Euros aux nanotechnologies c’est priver d’autant les énergies renouvelables ! Choisir l’objet d’investigation de la science c’est aussi choisir un type de société. En outre comme le rappel fort justement le rapport d’ETC groupe (voir les textes en français disponibles ici http://www.etcgroup.org/ ) les grands changements technologiques ébranlent les populations marginalisées. Ainsi comment vont réagir les 100 millions de familles engagées dans la production de coton dans le monde à l’arrivé d’un nouvelle fibre synthétique manipulée à l’échelle nanométrique similaire au coton mais en plus résistant ? Même question avec le caoutchouc. Nous avons déjà vu comment l’industrialisation britannique au XIXé siècle à réduit, malgré la révolte des Luddites, les artisans fileurs et tisserands à la faillite puis au salariat.

 
Mais la spécificité des nanotechnologies et surtout de l’ensemble des « technologies convergentes », (les NBIC : Nanotechnologies, Biotechnologies, technologies de l’Information et sciences cognitives voir ici : http://www.wtec.org/ConvergingTechnologies/ ) est certainement de pousser plus loin que jamais la réduction de la perception de la nature à l’état de simple objet dés lors modifiable à loisir. En traitant la nature comme un simple artefact, nous dit Jean Dupuy,  l’homme se donne le pouvoir d’agir sur la nature à un degré qu’aucune techno-science jusqu’ici n’a rêvé d’atteindre (Voir le  discours de Jean Pierre Dupuy  ). L’artificialisation du monde atteint son apogée. Il s’agit en reconstruisant la nature faire de tomber les dernières barrières catégorielles. Le naturel non  vivant, le vivant et l’artefact sont en bonne voie de fusionner (Ibid.). Enfin cette métaphysique alliée aux capacités offertes par les NBIC va jusqu’à permettre d’envisager d’accélérer l’évolution biologique de l’homme comme le souhaite le mouvement international nommé transhumanisme 

Au-delà de la société et de l’écologie, c’est donc de l’évolution l’homme lui-même dont il est question à MINATEC.


Pour finir voici une revue de presse permettant de se faire une idée de l’ambiance qui régnait à Grenoble :
 
Les « grands »  médias :  Nouvel observateur ,   Le figaro 
 Le monde , la très instructive émission Là bas si j'y suis de Daniel Mermet.
 
 
Vu de l’ « intérieur » 
GRENOBLE INDYMEDIA , Bellaciao

Du son : SON 1, SON 2

Des photos :
           
http://rebellyon.info/article2323.html
 

16:00 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (3)

15/05/2006

MINATEC

Voici un communiqué du Comité d’Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies. Nous avons reproduit ce texte à partir du site http://ogn.ouvaton.org/. Ce site, très bien documenté, est l’étape obligée pour s’informer sur la mobilisation contre l’inauguration de MINATEC.

 

Face à la fuite en avant orchestrée par la technoscience sans conscience, les marges de manœuvres deviennent jour après jour de plus en plus étroites. C’est pourquoi, tant qu’il est encore temps, nous devons utiliser la liberté qu’il nous reste pour résister. Refusons cette société de plus en plus artificielle et de moins en moins naturelle ! Disons non à ces nouvelles technologies que nous n’avons pas demandées !

 

Vive le Comité d’Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies !

 
 

Nous manifesterons le 1er juin contre l'inauguration de MINATEC

 

Le 1er juin 2006, à Grenoble, le Commissariat à l'Énergie Atomique et Jacques Chirac inaugurent MINATEC, le plus grand centre de recherche européen en nanotechnologies.

 

C'est un pas de plus dans la technification du monde, imposée aux populations, et dont les possibilités et les conséquences deviennent de plus en plus folles.

 

C'est aussi un pas de trop. Les nanotechnologies ne sont pas seulement de nouvelles sciences ; il s'agit, par les convergences technologiques (informatique, biotechnologies, sciences cognitives), d'aboutir à une maîtrise totale de la matière, des atomes jusqu'aux populations. MINATEC servira à fabriquer les nouvelles armes du futur (robots de combat, missiles intelligents...), les nouveaux outils de contrôle social (micro-puces, vidéo-surveillance intelligente...), des nano-particules toxiques, des OAM pour l'agriculture (Organismes Atomiquement Modifiés) etc.

 

À Grenoble un comité d'Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies s'est constitué pour organiser une campagne nationale contre les nanotechnologies et l'inauguration de Minatec. Jusqu'au 1er juin, nous organisons une cinquantaine de rencontres lors desquelles deux films sont projetés : « Le Silence des Nanos » (Julien Colin, 2006) et « Alerte à Babylone » (Jean Druon, 2005). Nous appelons toutes et tous à se rassembler dès le 30 mai pour des ateliers de réflexion thématiques et des débats sur les nanotechnologies et les raisons de s'y opposer. Une grande réunion publique se tiendra le 31 mai au soir, avec la participation d'invités internationaux. Nous manifesterons le 1er Juin à 12h, place Félix Poulat.

 
Comité d'Opposition Grenobloise aux Nécrotechnologies
ogn (at) ouvaton (point) org
http://ogn.ouvaton.org/
 

21:55 Publié dans Sciences | Lien permanent | Commentaires (3)