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15/09/2006

Albert Jacquard

medium_Jacquart.jpgAlbert Jacquard, visionnaire

Une petite interview d’Albert Jacquard à l’occasion de la sortie de son dernier livre (SOURCE).

Albert Jacquard multiplie les livres dans une urgence quasi messianique. Il dénonce l'impasse dans laquelle le monde actuel se fourvoie et veut convaincre de l'absolue nécessité de changer de cap. Il a souvent raison! Son dernier livre, «Mon utopie» (Stock, 194 pp., env. 16 €), résume bien son propos et trace des pistes d'avenir excitantes: favoriser les vraies rencontres, éliminer la compétition mortifère et le travail, choisir la décroissance. Un livre très clair qui force à réfléchir et à agir.

 

On sent chez vous une urgence... 

 

Mon constat est que pour la première fois, l'homme est face à un changement si radical qu'il ne le voit pas. Nous nous sommes enfoncés à fond dans une impasse. Il faut faire marche arrière. Le règne du capitalisme est une impasse à lui seul, à cause de la finitude des moyens de la planète. Il faut changer de conception, mais les gens sont si déboussolés qu'il faut les aider.

 

Vous parlez d'utopie. Est-ce alors un rêve? 

Non, le mot «utopie» comme le prononçait Thomas More est une réalité possible mais qui n'existe pas encore. Il nous faut la réaliser.

Mais supprimer le travail, c'est rêver? 

Le travail est une invention récente, créée il y a 4000 ans. Il est temps de fermer la parenthèse, de laisser les machines faire le travail et de remplir sa vie avec des tâches comme l'éducation ou la culture et non plus dans la soumission à un ordre très arbitraire.

 

Mais personne ne tire les ficelles de ce monde devenu fou... 

Nous sommes soumis à des règles qui n'existent pas, comme cette célèbre «loi du marché» inventée par les hommes. Il suffit de réfléchir au concept de la «valeur» en économie et de l'opposer aux «valeurs». Il est impossible de mettre nos valeurs humaines dans le système économique de la valeur.

Vous voulez aussi abandonner la compétition? 

La compétition n'engendre que des battus. Il faut lui préférer la coopération. A Luxembourg, il y a un lycée sans compétition, ni cotation, ni examens et cela marche très bien.

Vous prôner la décroissance... 

Il va bien falloir y arriver et ce seront les riches qui devront inévitablement diminuer leur consommation avant que le baril de pétrole n'atteigne 10 000 dollars. La vraie richesse, ce sont nos rencontres. Ce sont par les rencontres qu'on devient soi-même. Vous ne me connaissez pas si vous ne connaissez pas les gens avec qui je suis. Mais la télévision, par exemple, est le contraire de la rencontre. Elle est extrêmement néfaste, ne sert à rien et ne montre en général que des choses sans importance.

Vous voulez réhabiliter la politique. Celle de Sarkozy ou de Royal? 

Celle qui est au service de l'humanité entière et pas d'une Nation, celle qui parlerait d'un système de santé planétaire à mettre en place. Dans ce cadre, la différence entre Sarkozy et Royal est dérisoire. Aucun ne parle des choses essentielles comme la bombe atomique ou la planétarisation des soins de santé. Ils ne parlent que du court terme, sans voir la bifurcation où la société se trouve.

 

05/09/2006

Comment convaincre ?

medium_Comment-convaincre-de-Image.jpgComment convaincre de la décroissance ?

Voici un article issu de Novopress : http://fr.novopress.info/?p=5828

Par François Taillandier (Source : Journal « La décroissance ». En kiosque.)

« La décroissance est une nécessité ; elle est aussi une impossibilité. Elle est une évidence ; elle est aussi une utopie. Tout le monde sait qu’il faudra en venir là ; mais personne ne fera un geste dans ce but.

Pourquoi ? Prenons un exemple. Interdisons la fabrication des épouvantables, ridicules et atroces « 4×4 » également appelés « four wheel drive », qui sont le comble du gaspillage, de l’arrogance et de la connerie. Un mois après, manifestation des ouvriers licenciés qui les fabriquaient, au nombre desquels, peut-être, des adeptes de la décroissance, qui ont perdu leur boulot.

Un autre exemple : l’emballage abusif, tel le plastique moulé transparent, inutile, plus coûteux à lui seul que la brosse à dents où l’ampoule électrique sui se trouve à l’intérieur. Interdisons le ! Un mois après, nous apprendrons qu’une petite entreprise, à Châteauroux ou à Coutrai, a flanqué quatre vingt familles à la porte. Ces putains d’emballages inutiles, c’était ce qui leur permettait de gagner un salaire. 

Voilà pourquoi l’idée de décroissance est « à priori » indéfendable.

Pour la rendre défendable, je pense qu’il faut la rendre douce. Elle ne peut devenir crédible qu’à ce prix. 

Et c’est justement ce qui nous ouvre une voie. Un jour que nous parlions des méfaits du capitalisme mondial, un de mes amis, devenu comme moi une sorte de révolutionnaire sans révolution, a eu cette parole lumineuse : « Ne dépense rien ! ». Cela ne voulait évidemment pas dire : N’achète pas un livre, ou une bouteille de vin, ou une paire de chaussures. Cela voulait dire tout autre chose. C’était en fait la seule voie envisageable vers la décroissance, celle qui commence par un cheminement personnel.

Vous voulez lutter contre la croissance ? 

Voici quelques actions à votre portée.

N’ayez pas de téléphone mobile ou servez-vous en le moins possible. Et n’allez pas le remplacer grâce à vos « points de fidélité » ! Un adepte de la décroissance suspendu à son mobile me paraît un guignol. 

Lorsque votre marchand de journaux prétend vous fourguer trois suppléments magazine avec un quotidien, refusez les poliment. Un adepte de la décroissance qui tolère des magazines futiles et bourrés de pub est également un guignol.

Ne mettez pas les pieds dans une agence de voyages. Un adepte de la décroissance qui va jouer les touristes où que ce soit dans le monde est encore un guignol.

D’ailleurs le touriste, par sa simple présence, anéantit ce qu’il était venu voir.

Lorsque l’on vous donne un sac plastique à la supérette, servez-vous en ensuite comme sac poubelle, plutôt que d’acheter des sacs poubelles, que vous mettez dans le sac plastique, avant de jeter le sac plastique dans le sac poubelle. Ce n’est pas idéal, mais c’est mieux.

…ETC.

 

Promouvoir la décroissance, à mon avis, c’est promouvoir un style de vie simple. C’est se dégager soi-même peu à peu, maille après maille, du filet de la consommation. On dépense moins de fric, on se sent plus pur, on se sent plus libre. »

30/06/2006

La décroissance soldée ?

La décroissance soldée ?

Si d’un côté nous apprécions de voir traité le thème de la Décroissance par les mass média, ce que nous prenons comme le signe que notre courrant est désormais devenu incontournable, d’un autre côté, force est de constater que, bien souvent, c’est sous un aspect très réducteur que celui-ci est présenté. L'article de libération ci-dessous ne déroge pas à la règle.

 

Celui-ci nous a en effet donné la désagréable impression que les décroisseurs ne sont considérés par les journalistes que comme de nouvelles bêtes de foire des temps modernes. Les deux objecteurs de croissance dont il est question, nous dit-on, sont « tout à fait normaux, sympathiques, plutôt rigolos ». Mais à quoi fallait-il s’attendre ??? En outre, le raccourci présentant la décroissance comme synonyme de «non-consommation» est véritablement réducteur et ne peut contribuer à la décolonisation de l’imaginaire dont nous avons tant besoin…

 

Quoiqu'il en soit, nous nous prenons à rêver d’un futur proche, où ce sera l’hyper consommateur qui sera regardé comme une curiosité anachronique…

 

Soldes. Dans les rayons d'un grand magasin avec deux adeptes de la «décroissance».

 

Un remède contre la fièvre acheteuse ?

 

par Emmanuelle PEYRET
QUOTIDIEN : jeudi 29 juin 2006

 

Double challenge hier matin lors du démarrage des soldes : convaincre le chef que, oui, il faut absolument y être aux Galeries Lafayette, pour couvrir l'événement et ainsi pouvoir claquer un maximum de pognon sur son temps de travail ; traîner deux malheureux adeptes de la «décroissance» dans ce symbole absolu de la surconsommation. Rendez-vous est pris avec Gilles, 30 ans, en recherche d'emploi, et Olivia, 31 ans, prof dans un lycée de banlieue parisienne. Si on s'attendait à deux créatures en chemise de chanvre, clochettes bio et pompes jésus, on est déçu : ils ont l'air tout à fait normaux, sympathiques, plutôt rigolos. Si ce n'est cette fâcheuse manie de regarder toutes les étiquettes pour voir d'où ça vient. «Les gens se ruent sur les marques sans voir le vrai prix des choses, chaque produit fait en Asie a un coût environnemental et social très élevé, sans compter l'acheminement en avion», explique Gilles devant les rayons de luxe, Gucci, Prada, Armani, Westwood...

 

«Hérésie». Lui s'est mis à la couture pour rapiécer ses vêtements. «Il faut consommer le moins possible, la croissance, c'est une hérésie.» Devant Dior, c'est l'émeute, «circulez messieurs dames», lance un vigile.

 

Décidément, siffle Olivia, «on n'est pas à notre place, là, notre place c'est de faire la queue, comme du bétail». Elle est tout fraîchement convertie à la décroissance (ou «non-consommation»). «Avant, c'était voiture, télé, courses chez Auchan, jouets en plastique, gâteaux tout faits, livres à gogo, voyages en avion», explique la jolie brune en insistant pour prendre l'escalier plutôt que l'Escalator afin d'économiser l'énergie.

 

«Et aujourd'hui ?» demande-t-on devant la farandole de godasses à ­ 40 %. «Transports en commun, courses bio, ludothèque, pain maison, rando en plein air, savon de Marseille, fringues recyclées.» Simple bon sens. «C'est vrai que c'est plus simple d'acheter un T-shirt fabriqué en Chine que de trouver le bon coton équitable qui coûte plus cher», poursuit Olivia, qui n'offre en cadeau plus rien d'acheté. Oui, «un poème, c'est bien», confirme Gilles, qui ne connaissait pas la jeune femme une heure plus tôt.

 

Au rayon parfums, les deux se disent saisis de «nausées, devant cette foule et tous ces produits». On n'est pas loin d'être d'accord, on envisage quand même un petit tour aux rouges à lèvres. Mais l'idée rend Gilles assez nerveux, au bout de deux heures dans «cette surabondance quand t'as en tête la pénurie dans le monde».

Culpabilité. Un café ? «Ah non, un café ça vient de trop loin» (loin égal avion, égal kérosène, égal pollution, égal t'es dingue). Une fois assis, on tente un faible «oui, mais la joie d'un peu de shopping ?». «Inconscience, problèmes climatiques, écosystème», nous est-il répondu, tempéré d'un «je ne méprise pas ces gens qui font les soldes, j'ai juste envie de leur demander "après quoi vous courez ?"» poursuit Gilles devant une limonade (sûrement venue en camion, reconnaît-il bien volontiers). En fait, analysent-ils, «la décroissance, c'est la liberté. A chacun de faire du mieux qu'il peut».

En attendant (et en loucedé), grisée par l'idée factice de gagner de l'argent tout en en claquant, on les salua gentiment sur le trottoir avant de se réengouffrer au palace de la dépense. Avec, c'est vrai, un vague sentiment de culpabilité.