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09/10/2007

La faim, la bagnole, le blé et nous

59ddb45ae16effe855769d551a3ff6f5.gif Fabrice Nicolino vient de donner une interview saisissante au sujet des nécro-carburants sur France Culture à l’occasion de la sortie de son nouveau livre La faim, la bagnole, le blé et nous. Et qu’on ne viennent plus de parler des bio-carburant comme solution à la déplétion pétrolière !!!

Interview de F. Nicolino

 

  Message de Fabrice Nicolino

Je suis journaliste (à Terre Sauvage et à La Croix), après avoir travaillé pour Politis, Géo, Le Canard Enchaîné, Télérama. Je suis le  co-auteur, avec François Veillerette, du livre " Pesticides, révélations sur un scandale français " (Fayard, 2007). Si je me permets aujourd'hui de vous adresser ce message, c'est qu'il y a urgence, une urgence absolue. Je publie le 3 octobre un livre intitulé " La faim, la bagnole, le blé et nous. " (Fayard). Son sous-titre est clair : une dénonciation des biocarburants. Je veux vous en parler directement. Vous pouvez certes y voir une banale opération commerciale, mais tel n'est pas le cas.

 

 

 

L'expansion fulgurante des biocarburants est une tragédie planétaire. Elle conduit en premier lieu à la stérilisation de millions d'hectares de terres agricoles et à l'aggravation tragique de la faim. Pour faire rouler des bagnoles. Savez-vous que le quart du maïs américain sert déjà à fabriquer du carburant automobile ? Une telle révolution a des effets en chaîne sur toutes les céréales et plantes alimentaires, dont le cours explose.

 

 

 

Elle conduit également à la destruction de ce qui reste de forêts tropicales. En Indonésie, le palmier à huile menace tout à la fois l'homme, l'orang-outan et l'éléphant d'Asie, ridiculisant tous les grands discours sur la biodiversité. En Afrique, le bassin du Congo est attaqué.

 

 

 

Au Brésil et en Amérique latine, on plante de la canne à sucre ou du soja partout. Pour remplir les réservoirs au détriment de la forêt et du cerrado, pourtant des écosystèmes uniques. Les biocarburants sont des armes de guerre et de mort.

 

 

 

Qui les soutient ? L'agriculture industrielle, les transnationales et tous ceux qui leur sont soumis, dont nombre de journaliste hélas. En France, je décris un système complexe dont l'un des centres n'est  autre que le ministère de l'Écologie de M. Borloo, à travers l'Ademe et un organisme méconnu, Agrice. À quelques semaines du " Grenelle de l'Environnement ", cela mérite d'être discuté. Mais je n'oublie pas tous les autres, y compris certains écologistes fort mal inspirés.

 

 

 

Car les biocarburants, comme je le montre, et malgré de rares études manipulées par lobby, ont un bilan écologique désastreux, qui aggravera l'effet de serre, quoi qu'en dise la propagande. Et en  France, leur développement signe la fin de la jachère, refuge de la faune banale, des oiseaux et petits mammifères.

 

 

 

Au fait, savez-vous qu'une usine du Havre transformera dès 2008 des animaux en biocarburants ? Et qu'on tente de faire pousser, par génie génétique, des arbres mous, permettant d'extraire leur cellulose, matière première des biocarburants ?

 

 

 

Ce monde est fou, et sans la moindre morale. J'ai fait ce que je pouvais, c'est-à-dire mon job. Pour tenter d'arrêter cette insupportable machine, j'en appelle solennellement à vous. Agissez ! Agissons ensemble.

 

 

 

Fabrice Nicolino, le 1 septembre 2007

 

 

16:31 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : décroissance

08/09/2007

"La peur de la nature" de François Terrasson

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Au plus profond de notre inconscient, les vraies causes de la destruction de la nature

par David Naulin

À l'heure où de lourdes menaces pèsent sur notre environnement et ou les certitudes scientifiques s'accumulent, il semble que l'homme soit incapable de protéger son bien le plus précieux : sa planète. Qu'elle en est la raison profonde ? Le livre choc de François Terrasson, éminent maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle décédé en 2006, est réédité depuis juin 2007 par les éditions Sang de Terre.

Au-delà des causes économiques, politiques, culturelles, sociales, qui rendent ardue la protection de la nature, il en est une, beaucoup plus cachée, insaisissable et sourde qui prévaut sur toutes les autres : l'homme occidental, maître économique actuel de la planète, a peur de la nature et de sa part d'animalité.

Aimez-vous vraiment la nature ? Toute la nature ? Le gluant, le griffu, le velu, le vaseux, l'organique ? François Terrasson, chercheur atypique, a décrypté nos rapports profonds aux forces originelles. Il nous révèle avec humour nos fonctionnements internes, et explique de manière lumineuse pourquoi notre société s'acharne à détruire la nature.

Quelques jours avant sa mort, François Terrasson, écrivait : "Je voyais évoluer dans les forêts et savanes mes amis naturalistes, semblant baigner dans des paradis. Et aussi la peur de tant de nos contemporains devant les milieux sauvages. Je voulais savoir pourquoi. Pourquoi le positif, pourquoi le négatif, débouchant souvent sur l'agressivité contre le milieu, habilement déguisée en aménagement ou en développement économique. La piste était foisonnante de résultats semblant expliquer toutes sortes d'actions incongrues : arrachage de haies, recalibrage de rivières, assèchement de mares, monocultures et liquidation des sociétés paysannes.

Le lien ou l'absence de lien avec la nature, voilà le point crucial ! Ou, comme le diraient les Indiens Cree du Canada, confrontés aux grands barrages de la Baie James : « le rapport spirituel avec le territoire ».

L'homme émotionnel perçoit, rêve, symbolise les aspects sensibles de l'Univers. Il accorde arbitrairement des valeurs (en moins ou en plus) à chacun d'eux : océan, ciel, forêt, broussaille, maison, rivière, autoroute, blaireau, automobile, piscine, kalachnikov... En fait, le choix des aspects d'amour est très influencé par tous les agents de conditionnement mental qui pullulent dans nos environnements. C'est ainsi que j'en viens à soupçonner que, si les ambiances de nature touchent nos comportements, celles d'absence de nature n'auraient pas moins d'influence." Extrait de "Les derniers mots d'un philosophe" publié par l'hebdomadaire Politis (mercredi 18 janvier 2006).

Nous constatons ainsi au fil des pages que nos créations ? champs agricoles dénudés s'étendant fièrement à l'infini, autoroutes en ligne droite, grands immeubles de verre et de métal s'élevant dignement dans le ciel ? ont toutes un point commun : elles célèbrent, par leur artificialité, le reniement de la nature et sa domination.

L'homme moderne n'en est plus à une contradiction près : il pense être le chef-d'oeuvre de la nature, mais refuse d'être perçu comme lié à elle. Il a fait Dieu à son image, et veut créer de la vie sur Mars, alors qu'il la détruit chez lui. En se détachant de la nature, en déniant sa part d'animalité, la civilisation moderne a pris le risque de ne plus la comprendre : les dysfonctionnement de la science (pollution, vache folle), révèlent à leur manière cette profonde rupture. « Et pendant bien longtemps encore, l'homme a été un animal presque comme les autres, chassant, pêchant sans perturber l'équilibre de la planète. En Europe occidentale, beaucoup de races différentes s'installèrent et subirent des changements climatiques en série, dont le dernier fut la grande glaciation qui prit fin il y a peut être douze mille ans. C'est ensuite que s'installèrent les grandes forets de hêtres et de chênes à la place de la toundra et des conifères. Et ce magnifique décor ne fut pas perturbé, car on avait oublié d'inventer l'agriculture ». Extrait de « La Peur de la Nature » aux Editions Du sang de la Terre. Une lecture tonique, drôle sinon optimiste, un point de départ incontournable pour toute réflexion liée à notre capacité à changer et à vivre harmonieusement avec notre environnement naturel.

"Sang de la Terre" de François Terrasson réédité aux Editions "Sang de Terre" - Prix public : 21,00 EURO

PS : François Terrasson L'auteur, François Terrasson, maître de conférence au Muséum national d'Histoire naturelle, naturaliste accompli et écrivain, est décédé le 2 janvier 2006. Son parcours : Instituteur dans l'Allier, avant de rejoindre le Muséum en 1967, François Terrasson avait participé à la création du service de conservation de la Nature au Muséum et fut l'un des premiers à faire prendre en compte le milieu naturel dans les problématiques d'aménagement du territoire et d'agriculture. Issu d'une formation alliant les sciences humaines aux sciences de la nature, François Terrasson s'était d’abord spécialisé en agro-écologie. Il a sauvé des milliers de kilomètres de haies et des pans de bocage. Grâce à son approche sociale et humaine de la nature, l'agriculture française lui doit beaucoup. Il a contribué au premier inventaire écologique du bassin parisien et à celui de la côte aquitaine.

Plus connu par ses études sur la perception de la nature dans l'inconscient des individus et les comportements humains face à la nature, il a parcouru le monde décortiquant les civilisations, leur attitude face à la nature "sauvage" et leur rôle dans la construction des paysages. Il a travaillé également pour de nombreux organismes et institutions internationaux : l'UICN, où il contribua fortement à la rédaction de l'ouvrage de référence « Stratégie mondiale de conservation : la conservation des ressources vivantes au service du développement  durable » publié en 1980 ; le Conseil de l'Europe ; l'Université des Nations Unies... A titre personnel, il a milité dans des associations naturalistes régionales et nationales, notamment, l'association des journalistes et écrivains pour la nature et l'écologie (JNE). Il était l'auteur de trois ouvrages remarqués : La peur de la nature (Ed. Sang de la Terre-1995), La civilisation anti-nature (Ed. du Rocher-1995) et En finir avec la nature (Ed. du Rocher-2002). Il avait également à coeur de partager ses connaissances sur la diversité biologique à travers des milliers de conférences données dans le monde entier ou en organisant les célèbres «sorties nocturnes » dans la nature sauvage !

 

 

 

 

 

 

 

11:35 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : décroissance, écologie

22/06/2007

Rage against the machine

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Source : http://www.labo-nt2.uqam.ca/

 

Hostiles à l’invasion technologique, les militants néoluddites se réclament de ces ouvriers anglais du textile qui, au début du XIXe siècle, détruisirent des milliers de machines pour préserver leur mode de vie.

 

Par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL, illustration beb-deum

QUOTIDIEN : jeudi 21 juin 2007

Rendez-vous dans un bar du XIe arrondissement, à Paris. A deux tables, un trentenaire a déployé son ordinateur portable et profite de la connexion wi-fi. «On en voit de plus en plus dans les lieux publics», constate tristement Guillaume Carnino, pourtant sensiblement de la même génération que ce voisin de circonstance. Mais un gouffre les sépare. A contre-courant de la figure de l’internaute absorbé par son écran, Guillaume Carnino garde ostensiblement un livre près de son verre. La couverture singe la publicité d’Apple pour l’iPod, celle d’hommes et de femmes en ombres chinoises, sur lesquelles ressortent les fils immaculés du lecteur MP3. L’ombre ici est un homme étranglé par le fil blanc d’une souris d’ordinateur. Le titre enfonce le clou : la Tyrannie technologique, critique de la société numérique (1). «Attention, nous ne sommes pas des technophobes, prévient Cédric Biagini, coauteur et éditeur. Nous ne souhaitons pas revenir à la bougie. La question n’est pas seulement de savoir si on veut utiliser ou pas un portable, mais de savoir quelle société on veut.» Leur ouvrage, qui vient de paraître, critique l’invasion technologique et ses ravages - télévision, Internet, portable, biométrie, puces RFID (radio frequency identification, permettant de détecter un objet ou une personne) -, acceptés sans sourciller par une société endormie, disent-ils, par le mythe du progrès. Cette posture marginale s’inscrit dans une histoire récemment revisitée. «La révolte des luddites a eu quelque chose d’exemplaire, insiste Guillaume Carnino. Même si le contexte n’est pas le même aujourd’hui.»

Il était une fois le luddisme.

Le mot «luddisme» vient de Ned Ludd, figure réelle ou légende, nul ne le sait vraiment. Un tisserand du Leicester­shire qui aurait cassé un métier à tisser avec une masse, ou le patronyme d’un roi imaginaire ? En tout cas, sous le drapeau de cette figure tutélaire, des émeutes d’ouvriers du textile ont éclaté dans la région des Midlands, en Grande-Bretagne, entre 1811 et 1813. Tisserands, bonnetiers, laineurs ont détruit des milliers de machines perçues comme une menace pour leur mode de vie. Le mouvement sera réprimé dans le sang, après le vote d’une loi au Parlement britannique, en 1812, condamnant à la peine de mort les briseurs de machines - malgré l’opposition du poète Lord Byron.

Renaissance aux Etats-Unis

La révolte luddite sera enterrée, considérée comme réactionnaire par Marx, qui estime que le luddite n’a pas encore appris «à distinguer la machinerie de son utilisation capitaliste, et donc à transférer ses attaques du moyen matériel de production lui-même, à la forme sociale d’exploitation de celui-ci.» Elle sera quand même la source d’inspiration du décor de Shirley, un roman de Charlotte Brontë paru en 1849, qui se déroule au cœur du soulèvement luddite, dans le Yorshire des années 1811-1812. Le terme «luddite», vocable courant dans les pays anglo-saxons, désigne péjorativement tout réfractaire à la technique. Oublié pendant un siècle et demi, dénigré pour son obscurantisme, le luddisme ressurgit au milieu du XXe siècle et récupère notamment une dimension politique grâce à l’historien E.P. Thompson (1963). Au milieu des années 1980, un autre historien, l’Américain David Noble, se penche sur la passivité des travailleurs face à l’automatisation. «Ce qu’il repère dans le luddisme, c’est le souci farouche dont les ouvriers anglais firent preuve pour conserver un contrôle sur les machines, et donc une autonomie dans leur existence, contre les innovateurs, les manufacturiers et le gouvernement» , défend François Jarrige, auteur d’une thèse sur le bris de machines en France.

Dans ce sillage historique, un mouvement d’opposition aux technologies, le néoluddisme, va explicitement s’en réclamer dans les années 90 aux Etats-Unis. «Les technologies créées et disséminées par les sociétés occidentales sont incontrôlables et défigurent le fragile équilibre de la vie sur Terre», écrit Chellis Glendinning, un psychologue du Nouveau-Mexique dans Notes pour l’écriture d’un manifeste néoluddite. Le néoluddisme veut enrayer le progrès par souci écologique, lutter contre l’automatisation tenue pour responsable du chômage, et dénoncer les méfaits de l’informatique.

Sommet symbolique de cette résistance américaine : Kirkpatrick Sale, une des figures de proue du mouvement, casse un ordinateur devant 1 500 personnes venues l’écouter au New York City Town Hall en 1995. Son plaidoyer contre le capitalisme industriel, Rebels against the Future, a été traduit en France en 2006 sous le titre la Révolte luddite, briseurs de machines à l’ère de l’industrialisation (2).

Hasard de l’air du temps ? Tardive tache d’huile du néoluddisme en France?

De Ned Ludd à José Bové

Deux autres livres sur le sujet sont parus la même année, dont l’un chez un éditeur loin d’être confidentiel. «Il n’existait rien de français sur les luddites, alors qu’une trentaine de livres ont été publiés en Grande-Bretagne, explique Eric Arlix, qui dirige Ere, éditeur des Luddites (3). Alors que le mot revenait de manière insistante depuis quelques années.» Trois jeunes chercheurs ont travaillé à réparer la lacune hexagonale, en profitant de l’actualité du luddisme pour se pencher sur l’histoire du mouvement. «Le luddisme est une manière de redonner une conscience historique à l’écologie politique», estime Vincent Bourdeau, docteur en philosophie et coauteur. De son côté, Nicolas Chevassus-au-Louis, docteur en biologie et journaliste, raconte qu’il a eu l’idée des Briseurs de machines, de Ned Ludd à José Bové (4) en parcourant un article de la revue Nature qui évoquait la première destruction d’OGM en Angleterre. Pour lui, le luddisme revient aujourd’hui «sous la forme du fauchage des cultures transgéniques, la première fois qu’une nouvelle technologie est détruite par ses opposants depuis le XIXe.» Exhumé de l’histoire, le luddisme a fini par pénétrer un univers militant et devenir un lieu de mémoire pour de nouveaux groupes contestataires.

Aujourd’hui, différentes communautés militant contre l’imposition des nouvelles technologies, de manière disparate et non structurée, s’en réclament à mots couverts ou ouvertement. Avec la volonté de se doter des bases théoriques, se revendiquant de Jacques Ellul (5), de Günther Anders ou d’apôtres de la décroissance. En 2005, en Espagne, est né l’explicite los Amigos del Ludd («les Amis de Ludd»), bulletin d’information anti-industriel. En France a commencé à paraître en 1998 Notes & Morceaux choisis , bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle.

Sur le terrain, les militants « reviennent à des formes d’actions directes en s’en prenant aux technologies», estime Nicolas Chevassus-au-Louis. C’est le cas des trois inculpés accusés d’avoir détruit à coups de marteau deux bornes biométriques de la cantine du lycée de Gif-sur-Yvette le 17 novembre 2005. L’appel, après le procès qui s’est tenu fin janvier 2006 à Evry, doit être jugé en septembre. «Ces destructions volontaires d’objets technologiques, plants d’OGM, lecteurs biométriques ou ordinateurs, s’apparentent à la démarche luddite en ce qu’elles ne visent pas en premier lieu à obtenir de meilleures conditions de travail à l’intérieur du système de production industriel, mais bien plutôt à s’en extraire» (1), estime Célia Izoard, une des trois coïnculpés du Collectif contrebiométrique.

Autre lieu, autre rendez-vous, à Grenoble, avec un autre tandem qui souhaite garder l’anonymat et disparaître au profit du collectif Pièces & Main d’Œuvre (P & MO) (6). Devant eux, sur la table, repose un énorme classeur qui représente cinq ans d’enquête dans la capitale dauphinoise et sa région. Leur militantisme vient d’une longue tradition, celle qui a manifesté contre la centrale de Creys-Malville en 1977. «Nous sommes les héritiers des mouvements antinucléaires des années 70, explique l’homme. C’était alors un mouvement issu de chercheurs qui avaient encore un regard critique.» Leur combat d’aujourd’hui est la lutte antinanotechnologies, rebaptisées «nécrotechnologies» dans une agglomération célèbre pour sa co ncentration de chercheurs et d’entreprises high-tech . Dernier fait d’arme, la perturbation de l’inauguration en grande pompe du pôle Minatec, en juin 2006, grâce au rappel d’environ 1 000 personnes (antibiométrie, Sortir du Nucléaire, anti-OGM, Verts.). P & MO sont des virtuosesde l’enquête de fond pour contredire l’activisme politico-universitaire, sacrifiant également à des tournées dans toute la France pour argumenter sur les dangers volontairement cachés des techniques dernier cri : «Les politiques et les scientifiques nous imposent leurs décisions, sans jamais demander l’avis des citoyens.»

Dépossession

Dans le bar parisien, Guillaume Carnino renchérit : «Depuis le XIXe siècle, il n’y a aucun questionnement ou débat sur l’idéologie du progrès et les choix technologiques. L’essentiel pour nous est de tirer la technologie du côté du politique.» Son livre décrit un individu dépossédé de son savoir-être par les nouvelles technologies, comme l’auraient été les luddites de leur savoir-faire. Disparition de métiers, impossibilité de communiquer sans machines, vision utilitariste du monde, identification croissante des individus et traçabilité des biens avec la biométrie et les puces de détection. Le portrait qu’ils font de la société ne prête guère à rire. Mais ces libertaires inquiets sont rejoints ici ou là par d’autres, à l’instar de Michel Alberganti qui alerte, dans Small Brothers (Actes Sud, 2007) sur le danger des puces RFID (celles qui détectent un objet ou une personne), qui se déploient dans l’indifférence générale, et sur leur danger pour la démocratie. «Je ne serais pas étonné qu’il y ait dans les années à venir un mouvement de critique croissant» , suggère Nicolas Chevassus-au-Louis. Ce sondage sur l’avenir de l’Internet, paru en septembre 2006, semble le pronostiquer également. Une majorité (58 %) des 742 experts interrogés par l’institut américain Pew (7) imagine que, d’ici à 2020, des groupes de Refuznik (les «tech-refuzniks») hostiles à la technologie apparaîtront et pourront avoir recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement de l’Internet. «Ces adeptes du luddisme, estimait alors Ed Lyell, expert américain des questions d’Internet et d’éducation, n’hésiteront pas à utiliser la violence pour arrêter le progrès même si celui-ci est utile.» Paranoïa contre paranoïa ?

(1) La Tyrannie technologique, collectif, l’Echappée, 254 pp., 12 €.

(2) La Révolte luddite, Kirkpatrick Sale, traduit de l’américain par Célia Izoard, L’Echappée, 341 pp., 19 €.

(3) Les Luddites, Vincent Bourdeau, François Jarrige, Julien Vincent, éd. Ere, 157 pp., 15 €.

(4) Les Briseurs de machines, Nicolas Chevassus-au-Louis, Seuil, 269 pp., 20 €.

(5) Jacques Ellul (1912-1994), sociologue et militant écologiste, virulent critique de la société technicienne.

 

09:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : décroissance