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08/06/2012

Le Café des Croissants

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La saison 2011-2012 touche à sa fin ! Aussi, pour terminer l’année, ce ne sera pas l’habituel pique-nique mais une grande soirée, en deux temps, à Emmetrop le mercredi 20 juin à 19h30.

 

En première partie, à 19h30 précise nous accueillerons, en association avec la Confédération Paysanne et Solidaire 18, le réalisateur Pascal Boucher qui viendra nous présenter son film :

 

Bernard, ni dieu ni chaussettes

 

qui sera projeté au Nadir, à Emmetrop donc. Une présentation détaillée de ce film est disponible à cette adresse toutefois, pour faire court, disons que ce film réussit à combiner, de manière élégante, les questions de la liberté, de la paysannerie mais aussi celle du bon vin ! C’est d’ailleurs pour cette raison (le bon vin !) que Thierry, de la Cave du Soleil, sera également présent afin de nous proposer au bar un assortiment de vins qu’il aura sélectionné ; ce sera, bien sûr, aussi l’occasion de poursuivre le débat et de discuter avec lui de la question des « vins propres ».

 

En seconde partie, la compagnie les yeux d’encre jouera une pièce de théâtre de rue intitulée La merveilleuse histoire d’elles, dont on trouvera une description synthétique sur le site d’Emmetrop à cette adresse.

 

Attention, contrairement à d’habitude, il y aura un Prix A Fournir pour profiter de cette soirée : film ou spectacle : 5€ - film + spectacle : 7€ / 5€ adhérents.

En espérant vous rencontrer à cette occasion,

04/06/2012

Denis Collin : "Libertés en péril"

 

Vendredi 25 mai 2012, nous recevions Denis Collin, philosophe, qui venait nous parler de son dernier livre, La longueur de la chaîne, paru chez Max Milo en 2011.

 

Cette soirée était proposée par le collectif Le Café décroissant, en partenariat avec la section locale d'Attac. Nous remercions l'École des Beaux-Arts pour son accueil.

 

Denis Collin est philosophe, agrégé de philosophie et docteur d'Etat. Il vit et travaille à Evreux, où il enseigne, et où il a fondé et préside une Université Populaire. Denis Collin co-anime, avec Jacques Cotta, sur internet, un site fort recommandable, La Sociale, analyses et débats pour le renouveau d'une pensée de l'émancipation, et tient un blog de philosophie politique, où l'on peut lire un nombre impressionnant d'interventions, un blog qui est une sorte de «laboratoire» où se préparent ses ouvrages.

Il est l'auteur d'une oeuvre déjà abondante : plus d'une dizaine de livres. Il a publié des ouvrages savants (La théorie de la connaissance chez Marx, Morale et justice sociale) des ouvrages pédagogiques pour un public universitaire (sur le travail, le droit, la morale ou encore la matière), des monographies sur de grands auteurs (Machiavel, Marx) enfin des essais politiques (L'illusion plurielle, La fin du travail et la mondialisation, Revive la République, Le cauchemar de Karl Marx). Sa spécialité, son domaine d'intervention, c'est la philosophie morale et politique, spécifiquement à partir d'une lecture ou d'une relecture de Marx, dont il est l'un des meilleurs spécialistes français.

 

***

 

Dans l'un de ses premiers livres -- qu'il a écrit avec Jacques Cotta : «L'illusion plurielle, Pourquoi la gauche n'est plus la gauche ?» -- livre bilan d'une époque et d'un parcours (celui de la gauche française des années 80 aux années 2000) Denis Collin et Jacques Cotta posaient un diagnostic et dressaient des perspectives. Le diagnostic était, en gros, le suivant : « la gauche »  n'est plus « la gauche » parce qu'elle a rompu avec les fondamentaux qui ont structuré la pensée socialiste héritière du mouvement ouvrier, en particulier en consentant à l'abandon de la notion de lutte des classes, et en se convertissant bruyamment au libéralisme.

 

Jusque-là, pas grand-chose d'original, si l'on peut dire. Mais il faut tout de suite corriger, ou plutôt préciser. Denis Collin insiste dans tous ses ouvrages sur l'ambiguïté fondamentale du concept de «libéralisme». Comme d'autres penseurs politiques, notamment italiens, il propose de distinguer le «libérisme», c'est à dire le libéralisme économique qui affirme le rôle central de l'économie de marché, du « libéralisme politique », théorie politique qui déclare la liberté comme fin suprême de la vie sociale humaine. Mieux : il pose en thèse qu'on ne peut construire une politique libérale authentique, soucieuse donc de la liberté des hommes qu'il faut à tout prix défendre, qu'à la condition de soumettre à la critique la plus radicale « le libérisme », cette idéologie qui affirme la fin de l'histoire et soutient que le mode de production capitaliste est l'horizon indépassable de nos vies et des rapports que nous entretenons avec nos semblables.

 

Il faut insister : la défense du libéralisme chez Denis Collin n'est pas une soumission, une acceptation du capitalisme, comme on peut l'observer chez les libéraux sociaux, par exemple les responsables actuels du Parti Socialiste. Il ne s'agit pas de construire un capitalisme « à visage humain », un capitalisme « éthique » ; au contraire, il s'agit de montrer que, dans le mode de production capitaliste, dans la forme Capital désormais hégémonique, nos libertés, et peut être nos vies, sont en péril.

 

En climat marxiste orthodoxe, une telle thèse est  évidemment surprenante, voire dégage un petit parfum de scandale. Un journaliste de l'Humanité, interrogeant Denis Collin à propos de La longueur de la chaîne,  lui posait d'ailleurs la question sans ambages :

 

« Pourquoi repenser le logiciel idéologique de la gauche à partir de la notion de liberté, comme vous le faites dans votre dernier ouvrage ? Dans le contexte social actuel, marqué notamment par les plans d’austérité en Europe et l’accroissement continu des inégalités, n’est-ce pas surtout sur leur capacité à indiquer les voies d’une véritable égalité que les forces progressistes sont attendues ? »

 

Faut-il donc sacrifier l'égalité à la liberté ? La jungle est-elle préférable au zoo ? Denis Collin allait répondre à ces questions, à la manière sans doute dont tous les philosophes répondent aux questions, en les reformulant pour leur donner un sens pertinent et permettre d'ouvrir un horizon pour l'action.

 

***

 

Il faut indiquer rapidement pourquoi les derniers travaux de Denis Collin intéressent notre petit collectif qui anime les rencontres du «Café décroissant» à Bourges.

 

La décroissance n'est ni un concept scientifique, ni un programme politique. Pour reprendre une expression de l'un de ses représentants les plus attitrés, Serge Latouche, c'est un blasphème. Toute société humaine -- y compris la nôtre qui se considère la plus libérée à l'égard des croyances -- repose sur des dogmes. Nos sociétés, irréligieuses dit-on, communient en réalité dans la religion de la croissance. Etre religieux aujourd'hui, ce n'est pas affirmer la virginité de Marie ou la résurrection des corps, c'est croire en « l'économie », croire  que le bonheur et le progrès de l'humanité passent par toujours davantage de  «croissance». Marx est le premier à saisir l'essence religieuse de l'idéologie économique quand il décrit ce qu'il nomme «le fétichisme de la marchandise». Le débat politique, on l'a bien vu pendant la campagne électorale des présidentielles en France, se limite à la seule question des moyens pour soutenir l'économie, relancer la sacro-sainte croissance -- éventuellement la redistribuer de manière un peu plus équitable -- sans la discuter, sans jamais mettre en question 1) la question de son bien-fondé : l'accumulation illimitée de biens et de services nous apporte-t-elle toujours davantage de bien-être ? 2) l'impossibilité logique d'une croissance infinie dans un monde fini.

 

Concernant le second point, la décroissance rencontre les problèmes posés par les penseurs de l'écologie politique : notre milieu naturel, les écosystèmes, sont fragiles, et il serait sage de ne pas attendre des catastrophes irréparables pour songer à les préserver. De même, dans la perspective -- admise aujourd'hui à peu près par tout le monde -- d'un épuisement à brève échéance des réserves d'énergies fossiles, il serait intelligent de songer à des stratégies de transition pour que les choses se fassent de façon ordonnée et dans l'équité.

 

Mais les décroissants ne font pas que poser ces questions et y réfléchir avec nombre d'écologistes. Ils pensent aussi que ces questions remettent en cause radicalement notre société et ses valeurs. À l'inverse des théoriciens du « développement durable », ils ne pensent pas que l'écologie soit soluble dans le capitalisme, même bien tempéré.

 

Le recours à la notion de décroissance signifie pour nous la tentative de penser le problème écologique articulée à la sortie du capitalisme. Dans la mesure où Denis Collin travaille cette question du mode de production capitaliste et du monde catastrophique que nous sommes en train de façonner, dans la mesure où il pose un certain nombre de jalons pour construire une sortie de ce système -- en particulier en réactualisant la vieille notion de République -- nous ne pouvions qu'être intéressés par son programme de recherches. De fait, les questions qu'il pose dans La longueur de la chaîne : sur le travail et le salariat, sur la société de consommation, sur la société de surveillance, sur les menaces que font peser sur les subjectivités des technosciences de plus en plus intrusives, rencontrent les questions très souvent posées par les décroissants.

 

Finalement, nous sommes assez d'accord sur les principes de l'analyse et sur le diagnostic. À la fin de La longueur de la chaîne, Denis Collin salue d'ailleurs les décroissants, mais en précisant que le projet d'une frugalité volontaire ne dépasse guère la dimension d'un projet éthique qui engage une conception  individuelle de la «vie bonne», et qu'il ne saurait se traduire en projet politique, immédiatement, tel quel.

 

Au-delà de la décroissance, quel projet politique ? c'est un peu cette question que la rencontre du 25 mai voulait faire avancer.