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28/05/2011

Le Café des Croissants

OGM semences politiques.bis.jpgLe prochain Café Décroissant se tiendra le mercredi 8 juin à 21h et au Guillotin (Attention exceptionnellement c’est bien un mercredi !) et aura pour thème :

 Le nucléaire au service de la dictature,

et réciproquement

 

Pour cette soirée, nous aurons la chance de recevoir, en provenance directe du Jura, Philippe Godard (voir ici pour une présentation de cet auteur et pour un aperçu de ses nombreux livres) qui est notamment à l’origine du texte que nous avions récemment publié concernant Fukushima, il s’agit de Fukushima, le nucléocrate et le catastrophiste, mais aussi, il y a de cela un certain temps déjà, d’un petit opuscule de tendance anti-économiste dont nous avions fait la recension, voir Contre le travail.

 

Loin d’une vision de l’écologie étriquée se limitant à défendre l’idée que des sources d’énergies alternatives existent et peuvent pallier l’arrêt du nucléaire, Philippe Godard montrera qu’à travers le nucléaire c’est tout un mode vie, et notamment une nécessité du contrôle social, qui s’est imposé (et dont il s’agit de sortir…)

 

 

Venez nombreux !

 

Nucléaire.jpg

Présentation de la soirée par Philippe Godard :

 

 

Le premier symptôme de la dictature écologique est là, sous nos yeux, depuis maintenant une trentaine d’années : le nucléaire. Mais la dictature n’est pas seulement là où on l’attend…

 

Dans les années 1970, nous clamions « Société nucléaire, société policière ! » Le lien entre le nucléaire et le renforcement de la répression est une évidence absolue. L’ingénierie nucléaire est extrêmement complexe, et elle met en jeu des forces d’une puissance redoutable, que le nucléaire dit civil s’emploie à maîtriser. Cette maîtrise est malaisée, et les accidents de Three Mile Island, de Tchernobyl, et de Fukushima le démontrent : ils sont les accidents les plus « énormes » mais hélas pas les derniers – et surtout, peut-être pas les plus énormes qui puissent se produire…

 

On peut dater la première catastrophe nucléaire « civile » de 1957, avec l’accident de Kychtym [1] dont on ne commença à parler que vers la fin des années 1960 en Occident. Inutile de donner ici le détail des catastrophes nucléaires « civiles » de ce dernier demi-siècle, elle serait très longue, alternant les accidents où l’on a frôlé la catastrophe majeure et ceux qui mettent en évidence la dangerosité inouïe du nucléaire.

 

L’apparition du terrorisme très organisé a comme « justifié » a posteriori l’imposition de règles de contrôle de plus en plus strictes dans les sociétés utilisant le nucléaire, à commencer par la France qui est le pays au monde qui y a le plus massivement recours. Mais les antécédents de cette influence du nucléaire sur notre façon de penser la société sont bien plus anciens. Car l’idée même que nous jouions avec le feu, que les centrales nucléaires étaient « sûres » sans l’être jamais au point d’en arriver au fameux risque zéro, s’est peu à peu diffusée dans la société dans son ensemble. Le processus a été lent, très peu spectaculaire car il n’a pas été émaillé de décisions publiques tonitruantes. Et pourtant… Le travail d’intense désinformation du lobby nucléaire autour du risque zéro en est la marque, y compris dans le tournant opéré ces dernières années. En reconnaissant peu à peu que le risque zéro n’existe pas, le lobby nucléaire signe sa victoire provisoire : nous nous sommes habitués à vivre en danger permanent.

 

Cette reconnaissance n’a eu lieu qu’une fois que toute opposition crédible prônant le rejet du nucléaire au nom de la liberté s’était évanouie. Le citoyen lambda a accepté, de façon passive, la militarisation des mœurs.

 

Pire : la plupart des écologistes eux-mêmes ont accepté cette idée [2]. Les écologistes ne manifestent plus leur opposition au nucléaire à cause de cette militarisation sociale que cette technologie nous impose. Pas un mot là-dessus lors du Grenelle de l’environnement de la fin 2007, forum-spectacle auquel n’ont pris part que des antinucléaires mous puisqu’ils avaient accepté de ne pas discuter des dangers du nucléaire. L’essentiel serait de faire consensus autour de l’idée que des sources d’énergie alternatives existent et peuvent, en quelques années, pallier l’arrêt du nucléaire « civil ». Seuls les plus « ultra-antinucléaires » abordent encore la question de l’arrêt immédiat. Mais parce que nous sommes rejetés dans le camp des ultras, précisément, notre utopie se trouve d’emblée en mauvaise posture…

 

Pourtant, cette dictature que nous devrions accepter pour prix de notre sécurité est le second argument majeur contre le nucléaire (le premier étant, bien sûr, l’incapacité de faire disparaître les déchets radioactifs).

 

C’est-à-dire que le nucléaire nous en fait prendre pour plus qu’une perpétuité : à l’échelle humaine, c’est peut-être cent mille ans de surveillance policière et de contrôle social accru qu’entraîne l’existence de centrales nucléaires et de déchets radioactifs pouvant être utilisés par des États « voyous » ou des groupes terroristes. Plus que la durée de vie totale de l’humanité issue du genre sapiens – si l’on met une borne à l’époque des premières peintures pariétales. Une perpète que tout le monde accepte, comme si les démocraties allaient imposer partout dans le monde une vision « responsable » de la gestion et de la surveillance des déchets radioactifs.

 

L’absence de réflexion politique est d’une amplitude inouïe auparavant. L’acceptation du danger policier-nucléaire implique en effet que nous croyions dans l’absolu à la démocratie – alors que ni la France ni les États-Unis, pour ne prendre que deux pays où les nucléocrates sont puissants, n’offrent aucune garantie sérieuse et de long terme quant à la réalité de la démocratie. Nous croyons dans l’absolu à la puissance du contrôle social et à sa valeur démocratique – alors qu’aucun pays, y compris des dictatures comme l’Allemagne nazie ou l’Union soviétique, n’a pu réellement museler son opposition, et que, de nos jours, le terrorisme est une forme d’action que les démocraties ne savent pas empêcher, et qui se montre d’une efficacité redoutable.

 

Tous ces problèmes essentiels, qui sont liés à l’émancipation humaine, à la politique d’antidomination que l’écologie, à la base, prétendait promouvoir et mettre en œuvre, sont désormais passés à la trappe.

 

Le côté policier du nucléaire est accepté. Pourtant, des solutions existent, qu’il est impératif d’indiquer afin de ne pas parler dans le vide. On ne peut en effet renvoyer chacun à l’acceptation du dilemme « nucléaire et police » ou « société écologique et danger majeur ». Le risque existe de voir des fous, des terroristes ou des États voyous se servir de la radioactivité créée par les savants et les nucléocrates pour asservir ou détruire une partie ou la totalité de l’humanité et même de la vie. Ces solutions sont de deux ordres.

 

Sortir du monde nucléaire

 

La première est de ne pas laisser les déchets à « portée de main », si l’on peut dire, surtout une fois que la sortie immédiate du nucléaire aura été décidée et aussitôt mise en œuvre. À ce moment-là, il sera vital, pour retrouver des espaces de liberté et justement ôter le poids de la menace des déchets, de les faire disparaître à tout jamais, vraisemblablement en les enfouissant dans des couches géologiques stables en petites quantités, dans divers endroits, avec l’espoir que rien ne se passera. D’un autre côté, il faut également dédramatiser la situation. Les déchets enfouis ne peuvent être retraités, c’est une certitude, mais a priori, si on les enfouit dans plusieurs sites – ce qui coûtera très cher -  et non dans un seul, on diminue de fait les risques d’une éventuelles catastrophe majeure future. C’est un point important. Il ne faut pas rester dans la dramatisation et l’outrance verbale ou comportementale. Une fois ces déchets enfouis, surtout, surtout, en interdire l’accès jusqu’à oublier où ils se trouvent. Que l’humanité soit enfin débarrassée du poids éthique, moral, abstrait, que ces déchets font actuellement peser sur sa liberté.

 

La deuxième partie d’une éventuelle solution implique une désintoxication intellectuelle et sociale profonde – une révolution, si l’on accepte ce terme, encore faut-il la voir comme un moment de libération et non l’accession au pouvoir par la force d’une nouvelle caste de menteurs et de dictateurs. Nous devons cesser de considérer que l’histoire humaine est faite d’acquis sur lesquels nous nous appuyons pour « progresser » vers le mieux. Parfois, faute d’une critique fondée des démocraties modernes, les écologistes n’ont pas vu que la dictature était en sommeil, dans le meilleur des cas, ou plutôt qu’elle se dissimulait sous le déguisement de la démocratie républicaine à la façon nord-américaine ou européenne (Bushobama ou Berluskozy). Le pouvoir a été accaparé par des castes oligarchiques, dont les nucléocrates ne constituent qu’une espèce parmi de nombreuses autres. Mais il revenait aux écologistes d’en dénoncer toutes les facettes, et pas seulement le travail de ce lobby visant à imposer le nucléaire au détriment d’autres formes d’énergie. Les nucléocrates n’ont pas imposé que l’énergie nucléaire : ils ont aussi, et surtout, imposé un mode de vie, une nécessité du contrôle social, a priori pour des millénaires si nous ne sortons pas, précisément, enfin, du système dictatorial ou de sa variante actuelle démocrate-dictatoriale. Ils ont imposé une vision close de l’histoire, bien plus sûrement que tous les événements « monstrueux » du xxe siècle, telle que la Grande Guerre ou les camps d’extermination nazis, le goulag soviétique ou le 11 septembre 2001. Bien sûr, il existe un lien entre tous ces événements. Ils ont chacun à sa façon amené l’individu et la communauté sociale à être dépassés par les événements, dans une logique d’abdication politique qui, là encore, est l’exact opposé de l’idée écologiste par excellence d’une opposition nécessaire et radicale à toute domination. On peut ainsi voir dans le nucléaire un événement désastreux du point de vue écologique strict, mais il faut aussi y lire un événement porteur d’un sens politique puissant, dans le courant de la dictature.

 

La dictature nucléaire n’est qu’une partie de la dictature écologique, mais elle est sa partie sans doute la plus ancienne. Depuis, d’autres strates sont venues s’ajouter à la dictature du nucléaire. La dictature des OGM, par exemple…

 

Notes :

 

1. Voir la Lettre d’information du Comité Stop Nogent-sur-Seine (n° 115), http://www.dissident-media.org/infonucleaire/kychtym.html et http://www.hns-info.net/article.php3?id_article=12152

2. Ils le disent parfois explicitement, comme cette participante au forum du Grenellorama de la fin 2007 : « Dictature écologique ? Si elle est volontaire pourquoi pas cela nous changerait un peu ». Qui aurait pu croire que l’écologie pouvait se marier sans encombre à une telle absence de réflexion politique ? Cet exemple n’est hélas pas isolé.

 

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