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29/06/2007

Non à la folie des agrocarburants !

L’organisation GRAIN vient de publier un article portant sur les « biocarburants ». Celui-ci met bien en évidence que cette « énergie verte » pose en définitive plus de problèmes qu’elle n’en résout. Si l’on ne s’oppose pas à cette nouvelle folie des agro-industriels il est très probable que certains connaîtront la faim et la famine uniquement afin que les plus privilégiés puissent continuer à maintenir leur mode de vie.

 

 

 Source : http://www.grain.org/go/agrocarburants.

 

 

La ruée vers les biocarburants provoque d'énormes dommages en termes d'environnement et de société pour les communautés paysannes et autochtones. De précieux écosystèmes sont détruits et des centaines de milliers de communautés autochtones et paysannes sont chassées de leurs terres. Le pire reste encore à venir : le gouvernement indien s'est engagé à planter 14 millions d'hectares de jatropha (un arbuste exotique à partir duquel on peut obtenir du biodiesel), la Banque interaméricaine de développement a annoncé que 120 millions d'hectares sont disponibles à la culture de plantes produisant du biocarburant et les groupes de pression européens parlent de près de 400 millions d'hectares disponibles à ces cultures dans 15 pays africains. Ce dont nous parlons ici, c'est d'expropriation à une échelle sans précédent.

 

 

Le préfixe bio, qui vient du grec 'vie', est, selon nous, totalement inadapté pour décrire de tels ravages faits à la vie. Ainsi, à l'instar des organisations non gouvernementales et des mouvements sociaux d'Amérique latine, nous ne parlons ni de biocarburants, ni d'énergie verte. 'Agrocarburant' convient beaucoup mieux, selon nous, pour exprimer ce qui se passe dans la réalité : l'agro-industrie produit du carburant à base de plantes tout comme elle produit d'autres denrées, dans une industrie mondiale gaspilleuse, destructrice et injuste.

 

 

Dans un numéro spécial de Seedling (disponible principalement en anglais), nous focalisons notre attention sur la situation dans différentes parties du monde : Amérique latine, Asie et Afrique. Nous analysons ce qui s'y passe et nous parlons directement avec les personnes concernées. La conclusion est à peu près partout la même : la pression en faveur des agrocarburants n'équivaut à rien d'autre qu'à réintroduire et à remettre à l'ordre du jour la vieille économie de plantation coloniale, revisitée pour pouvoir fonctionner selon les règles d'un monde moderne néolibéral et globalisé . Les systèmes agricoles autochtones et les communautés qui gèrent la biodiversité locale doivent céder la place devant les besoins en carburant toujours croissants du monde moderne.

 

 

L'une des justifications principales de cette culture d'agrocarburants à large échelle est l'urgence qu'il y a à combattre le changement climatique. Cependant, les chiffres tournent en dérision cette revendication. Selon le gouvernement américain, la consommation mondiale d'énergie devrait augmenter de 71 pour cent entre 2003 et 2030 et la majeure partie de cette énergie proviendra de l'exploitation du pétrole, du charbon et du gaz naturel. À la fin de cette période, l'ensemble de l'énergie renouvelable (y compris les agrocarburants) ne formera que 9 pour cent de la consommation d'énergie mondiale. C'est donc s'aveugler dangereusement que d'affirmer que les agrocarburants peuvent jouer un rôle important dans la lutte contre le réchauffement climatique.

 

 

Comme il est clairement expliqué dans cette édition spéciale, la culture de agrocarburants à large échelle ne fera en fait qu'aggraver les choses dans beaucoup d'endroits du monde, notamment en Asie du sud-est et dans le bassin amazonien, où l'assèchement des tourbières et l'abattage de la forêt tropicale dégagera bien davantage de dioxyde de carbone dans l'atmosphère que ce qui sera économisé par l'usage d'agrocarburants.

 

 

L'une des causes principales du réchauffement climatique est l'agriculture agro-industrielle elle-même et le système alimentaire mondial qui lui est associé. Bien qu'on ne le mentionne que rarement, l'agriculture est responsable de 14 pour cent des émissions de gaz à effet de serre. Et dans l'agriculture, la seule cause la plus importante est l'utilisation d'engrais chimiques qui introduisent une énorme quantité d'azote dans le sol et de protoxyde d'azote dans l'air. La modification de l'utilisation des terres (principalement par la déforestation et donc liée à l'expansion de la monoculture) est responsable d'un autre 18 pour cent. De plus, une grande partie du transport mondial, qui est responsable de 14 pour cent supplémentaires d'émissions, est généré par la façon dont le complexe agro-industriel déplace de grandes quantités d'aliments d'un continent à l'autre.

 

 

Il est clair comme de l'eau de roche que nous ne pourrons enrayer le changement climatique qu'en remettant en question l'absurdité et le gaspillage du système alimentaire tel qu'il est organisé par les sociétés transnationales. Loin de contribuer à une solution, les agrocarburants ne font qu'aggraver une situation déjà mauvaise. GRAIN est convaincu qu'il est temps de déclarer clairement 'Non à la folie des agrocarburants !'

 

 

Pour voir un article résumant les questions principales, visitez :

 

http://www.grain.org/go/agrocarburants.

(Nous espérons traduire en français plusieurs de ces articles de Seedling).

 

 

22/06/2007

Rage against the machine

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Source : http://www.labo-nt2.uqam.ca/

 

Hostiles à l’invasion technologique, les militants néoluddites se réclament de ces ouvriers anglais du textile qui, au début du XIXe siècle, détruisirent des milliers de machines pour préserver leur mode de vie.

 

Par FRÉDÉRIQUE ROUSSEL, illustration beb-deum

QUOTIDIEN : jeudi 21 juin 2007

Rendez-vous dans un bar du XIe arrondissement, à Paris. A deux tables, un trentenaire a déployé son ordinateur portable et profite de la connexion wi-fi. «On en voit de plus en plus dans les lieux publics», constate tristement Guillaume Carnino, pourtant sensiblement de la même génération que ce voisin de circonstance. Mais un gouffre les sépare. A contre-courant de la figure de l’internaute absorbé par son écran, Guillaume Carnino garde ostensiblement un livre près de son verre. La couverture singe la publicité d’Apple pour l’iPod, celle d’hommes et de femmes en ombres chinoises, sur lesquelles ressortent les fils immaculés du lecteur MP3. L’ombre ici est un homme étranglé par le fil blanc d’une souris d’ordinateur. Le titre enfonce le clou : la Tyrannie technologique, critique de la société numérique (1). «Attention, nous ne sommes pas des technophobes, prévient Cédric Biagini, coauteur et éditeur. Nous ne souhaitons pas revenir à la bougie. La question n’est pas seulement de savoir si on veut utiliser ou pas un portable, mais de savoir quelle société on veut.» Leur ouvrage, qui vient de paraître, critique l’invasion technologique et ses ravages - télévision, Internet, portable, biométrie, puces RFID (radio frequency identification, permettant de détecter un objet ou une personne) -, acceptés sans sourciller par une société endormie, disent-ils, par le mythe du progrès. Cette posture marginale s’inscrit dans une histoire récemment revisitée. «La révolte des luddites a eu quelque chose d’exemplaire, insiste Guillaume Carnino. Même si le contexte n’est pas le même aujourd’hui.»

Il était une fois le luddisme.

Le mot «luddisme» vient de Ned Ludd, figure réelle ou légende, nul ne le sait vraiment. Un tisserand du Leicester­shire qui aurait cassé un métier à tisser avec une masse, ou le patronyme d’un roi imaginaire ? En tout cas, sous le drapeau de cette figure tutélaire, des émeutes d’ouvriers du textile ont éclaté dans la région des Midlands, en Grande-Bretagne, entre 1811 et 1813. Tisserands, bonnetiers, laineurs ont détruit des milliers de machines perçues comme une menace pour leur mode de vie. Le mouvement sera réprimé dans le sang, après le vote d’une loi au Parlement britannique, en 1812, condamnant à la peine de mort les briseurs de machines - malgré l’opposition du poète Lord Byron.

Renaissance aux Etats-Unis

La révolte luddite sera enterrée, considérée comme réactionnaire par Marx, qui estime que le luddite n’a pas encore appris «à distinguer la machinerie de son utilisation capitaliste, et donc à transférer ses attaques du moyen matériel de production lui-même, à la forme sociale d’exploitation de celui-ci.» Elle sera quand même la source d’inspiration du décor de Shirley, un roman de Charlotte Brontë paru en 1849, qui se déroule au cœur du soulèvement luddite, dans le Yorshire des années 1811-1812. Le terme «luddite», vocable courant dans les pays anglo-saxons, désigne péjorativement tout réfractaire à la technique. Oublié pendant un siècle et demi, dénigré pour son obscurantisme, le luddisme ressurgit au milieu du XXe siècle et récupère notamment une dimension politique grâce à l’historien E.P. Thompson (1963). Au milieu des années 1980, un autre historien, l’Américain David Noble, se penche sur la passivité des travailleurs face à l’automatisation. «Ce qu’il repère dans le luddisme, c’est le souci farouche dont les ouvriers anglais firent preuve pour conserver un contrôle sur les machines, et donc une autonomie dans leur existence, contre les innovateurs, les manufacturiers et le gouvernement» , défend François Jarrige, auteur d’une thèse sur le bris de machines en France.

Dans ce sillage historique, un mouvement d’opposition aux technologies, le néoluddisme, va explicitement s’en réclamer dans les années 90 aux Etats-Unis. «Les technologies créées et disséminées par les sociétés occidentales sont incontrôlables et défigurent le fragile équilibre de la vie sur Terre», écrit Chellis Glendinning, un psychologue du Nouveau-Mexique dans Notes pour l’écriture d’un manifeste néoluddite. Le néoluddisme veut enrayer le progrès par souci écologique, lutter contre l’automatisation tenue pour responsable du chômage, et dénoncer les méfaits de l’informatique.

Sommet symbolique de cette résistance américaine : Kirkpatrick Sale, une des figures de proue du mouvement, casse un ordinateur devant 1 500 personnes venues l’écouter au New York City Town Hall en 1995. Son plaidoyer contre le capitalisme industriel, Rebels against the Future, a été traduit en France en 2006 sous le titre la Révolte luddite, briseurs de machines à l’ère de l’industrialisation (2).

Hasard de l’air du temps ? Tardive tache d’huile du néoluddisme en France?

De Ned Ludd à José Bové

Deux autres livres sur le sujet sont parus la même année, dont l’un chez un éditeur loin d’être confidentiel. «Il n’existait rien de français sur les luddites, alors qu’une trentaine de livres ont été publiés en Grande-Bretagne, explique Eric Arlix, qui dirige Ere, éditeur des Luddites (3). Alors que le mot revenait de manière insistante depuis quelques années.» Trois jeunes chercheurs ont travaillé à réparer la lacune hexagonale, en profitant de l’actualité du luddisme pour se pencher sur l’histoire du mouvement. «Le luddisme est une manière de redonner une conscience historique à l’écologie politique», estime Vincent Bourdeau, docteur en philosophie et coauteur. De son côté, Nicolas Chevassus-au-Louis, docteur en biologie et journaliste, raconte qu’il a eu l’idée des Briseurs de machines, de Ned Ludd à José Bové (4) en parcourant un article de la revue Nature qui évoquait la première destruction d’OGM en Angleterre. Pour lui, le luddisme revient aujourd’hui «sous la forme du fauchage des cultures transgéniques, la première fois qu’une nouvelle technologie est détruite par ses opposants depuis le XIXe.» Exhumé de l’histoire, le luddisme a fini par pénétrer un univers militant et devenir un lieu de mémoire pour de nouveaux groupes contestataires.

Aujourd’hui, différentes communautés militant contre l’imposition des nouvelles technologies, de manière disparate et non structurée, s’en réclament à mots couverts ou ouvertement. Avec la volonté de se doter des bases théoriques, se revendiquant de Jacques Ellul (5), de Günther Anders ou d’apôtres de la décroissance. En 2005, en Espagne, est né l’explicite los Amigos del Ludd («les Amis de Ludd»), bulletin d’information anti-industriel. En France a commencé à paraître en 1998 Notes & Morceaux choisis , bulletin critique des sciences, des technologies et de la société industrielle.

Sur le terrain, les militants « reviennent à des formes d’actions directes en s’en prenant aux technologies», estime Nicolas Chevassus-au-Louis. C’est le cas des trois inculpés accusés d’avoir détruit à coups de marteau deux bornes biométriques de la cantine du lycée de Gif-sur-Yvette le 17 novembre 2005. L’appel, après le procès qui s’est tenu fin janvier 2006 à Evry, doit être jugé en septembre. «Ces destructions volontaires d’objets technologiques, plants d’OGM, lecteurs biométriques ou ordinateurs, s’apparentent à la démarche luddite en ce qu’elles ne visent pas en premier lieu à obtenir de meilleures conditions de travail à l’intérieur du système de production industriel, mais bien plutôt à s’en extraire» (1), estime Célia Izoard, une des trois coïnculpés du Collectif contrebiométrique.

Autre lieu, autre rendez-vous, à Grenoble, avec un autre tandem qui souhaite garder l’anonymat et disparaître au profit du collectif Pièces & Main d’Œuvre (P & MO) (6). Devant eux, sur la table, repose un énorme classeur qui représente cinq ans d’enquête dans la capitale dauphinoise et sa région. Leur militantisme vient d’une longue tradition, celle qui a manifesté contre la centrale de Creys-Malville en 1977. «Nous sommes les héritiers des mouvements antinucléaires des années 70, explique l’homme. C’était alors un mouvement issu de chercheurs qui avaient encore un regard critique.» Leur combat d’aujourd’hui est la lutte antinanotechnologies, rebaptisées «nécrotechnologies» dans une agglomération célèbre pour sa co ncentration de chercheurs et d’entreprises high-tech . Dernier fait d’arme, la perturbation de l’inauguration en grande pompe du pôle Minatec, en juin 2006, grâce au rappel d’environ 1 000 personnes (antibiométrie, Sortir du Nucléaire, anti-OGM, Verts.). P & MO sont des virtuosesde l’enquête de fond pour contredire l’activisme politico-universitaire, sacrifiant également à des tournées dans toute la France pour argumenter sur les dangers volontairement cachés des techniques dernier cri : «Les politiques et les scientifiques nous imposent leurs décisions, sans jamais demander l’avis des citoyens.»

Dépossession

Dans le bar parisien, Guillaume Carnino renchérit : «Depuis le XIXe siècle, il n’y a aucun questionnement ou débat sur l’idéologie du progrès et les choix technologiques. L’essentiel pour nous est de tirer la technologie du côté du politique.» Son livre décrit un individu dépossédé de son savoir-être par les nouvelles technologies, comme l’auraient été les luddites de leur savoir-faire. Disparition de métiers, impossibilité de communiquer sans machines, vision utilitariste du monde, identification croissante des individus et traçabilité des biens avec la biométrie et les puces de détection. Le portrait qu’ils font de la société ne prête guère à rire. Mais ces libertaires inquiets sont rejoints ici ou là par d’autres, à l’instar de Michel Alberganti qui alerte, dans Small Brothers (Actes Sud, 2007) sur le danger des puces RFID (celles qui détectent un objet ou une personne), qui se déploient dans l’indifférence générale, et sur leur danger pour la démocratie. «Je ne serais pas étonné qu’il y ait dans les années à venir un mouvement de critique croissant» , suggère Nicolas Chevassus-au-Louis. Ce sondage sur l’avenir de l’Internet, paru en septembre 2006, semble le pronostiquer également. Une majorité (58 %) des 742 experts interrogés par l’institut américain Pew (7) imagine que, d’ici à 2020, des groupes de Refuznik (les «tech-refuzniks») hostiles à la technologie apparaîtront et pourront avoir recours à des actions terroristes pour perturber le fonctionnement de l’Internet. «Ces adeptes du luddisme, estimait alors Ed Lyell, expert américain des questions d’Internet et d’éducation, n’hésiteront pas à utiliser la violence pour arrêter le progrès même si celui-ci est utile.» Paranoïa contre paranoïa ?

(1) La Tyrannie technologique, collectif, l’Echappée, 254 pp., 12 €.

(2) La Révolte luddite, Kirkpatrick Sale, traduit de l’américain par Célia Izoard, L’Echappée, 341 pp., 19 €.

(3) Les Luddites, Vincent Bourdeau, François Jarrige, Julien Vincent, éd. Ere, 157 pp., 15 €.

(4) Les Briseurs de machines, Nicolas Chevassus-au-Louis, Seuil, 269 pp., 20 €.

(5) Jacques Ellul (1912-1994), sociologue et militant écologiste, virulent critique de la société technicienne.

 

09:45 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : décroissance

19/06/2007

5 mn de Serge Latouche

Source :  http://www.dailymotion.com/

 

 

Le mardi 24 avril 2007, nous recevions Serge Latouche, économiste et professeur émérite de l'université Paris-Sud (Orsay), spécialiste des rapports économiques et culturels Nord-Sud et de l'épistémologie des sciences sociales, auteur de l'ouvrage Le pari de la décroissance (Fayard 2006).

 

Dans l'extrait que nous vous proposons (04:50), Serge Latouche retrace non sans humour les étapes d'une prise de conscience écologique en France, de l'ouvrage de la biologiste américaine Rachel Carlson, Le printemps silencieux, publié en 1962, dénonçant les ravages de l'agrochimie, à l'actualité des débats sur le réchauffement climatique et au pacte écologique de Nicolas Hulot. Autant de signes pour Serge Latouche de la fin du développementisme et de la nécessaire sortie du modèle culturel de la croissance, sous peine de disparition plus imminente qu'on ne pourrait le croire...

Signe des temps, aujourd'hui le débat est partout et si nous ne faisons rien et si nous disparaissons au moins "Nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas..."

10:18 Publié dans Film | Lien permanent | Commentaires (2)