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08/11/2006

B. Charbonneau & J. Ellul

medium_Ellul.gifmedium_Ecologie_et_liberte.gif Bernard Charbonneau

 

et

 

Jacques Ellul

 

 

Pères de la décroissance

 

Il est difficile de dissocier les œuvres de Bernard Charbonneau (1910-1996) et de Jacques Ellul (1912-1994) tant celles-ci s’éclairent mutuellement. Au dire de J. Ellul, ces deux amis se sont rencontrés au lycée vers 1927 et ont commencé à réfléchir ensemble sur le monde moderne dès la fin des années 20. Dès lors, « unis par une pensée commune » disait B. Charbonneau, leur amitié d’une vie n’a pas failli.

 

La quantité d’ouvrages qu’ils nous ont laissée est colossale. Trop en avance sur leur époque ils se sont heurtés de plein fouet à l’incompréhension de leurs contemporains et ont dû trouver refuge dans l’écriture. Cette incompréhension, qui était aussi celle des éditeurs, va même amener B. Charbonneau à publier à ses frais l'Etat en 1949.

 

Il faut cependant reconnaître que la lecture de leurs livres n’est pas des plus facile. B. Charbonneau, outre son style et sa syntaxe qui déroutent souvent le lecteur moderne, se refuse à toute conceptualisation. Il cherche à faire voir, à faire ressentir plutôt que de démontrer. J. Ellul, quant à lui, bien qu’il ait voulu écrire de manière accessible, procède par répétitions, enrichissements successifs, ce qui aboutit finalement à une certaine lourdeur.

 

C’est pour cette que raison que le livre de Jean Luc Porquet (J. Ellul l’homme qui avait presque tout prévu, Ed. Le cherche midi 2003 [1]) et celui de Daniel Cérézuelle (Ecologie et liberté B. Charbonneau précurseur de l’écologie politique, Ed. Parangon 2006) sont d’un grand intérêt. Ecrits dans des styles différents mais de manière simple et claire, ils constituent une porte d’accès plus facile aux propos de B. Charbonneau et J. Ellul.

 

Mais en quoi consiste la pensée commune de Charbonneau et d’Ellul ?

Loin de vouloir se substituer à la lecture de ses deux ouvrages, disons simplement que tous deux ont pressenti que la nature et la liberté, deux valeurs essentielles à leurs yeux, étaient menacées par ce que B. Charbonneau appelle la Grande Mue, c’est-à-dire « la montée en puissance du progrès technique, scientifique et industriel » [2].

 

J. Ellul a largement corroboré cette intuition. Selon sa terminologie, le Système Technicien (dont l’Etat et l’économie ne sont que des applications) s’est autonomisé : il cherche à satisfaire des buts qui lui sont propres et non plus à répondre à des problèmes identifiés comme tels par les êtres-humains. Ainsi, le contrôle absolu, l’efficacité maximale sont désormais devenus des objectifs en soit.

 

Toutefois, la pleine réalisation de ce projet nécessite une rationalisation du monde poussée à l’extrême. Dans cette perspective, l’homme lui-même devient une matière première qu’il convient d’exploiter. C’est à l’organisation sociale qu’il incombe cette tâche.

 

Notre civilisation se trouve donc dans une situation sans précédent. Par un étrange retournement, l’homme est devenu l’esclave de structures anonymes qu’il a créées. Le voilà réduit à l’état de rouage d’une vaste machinerie sociale.

 

Sommes nous arrivés au terme de cette évolution ? L’auto-accroissement, autre caractéristique du Système Technicien mise en évidence par J. Ellul, permet d’en douter. Au contraire, tout laisse à penser que nous glissons, dans l’apathie générale, vers un totalitarisme, non politique, mais social.

 

Passeport biométrique, carte vitale 2, mise en œuvre prochaine du programme INES, puce VeryChip pour tous, etc. jamais la liberté n’a été aussi menacée qu’aujourd’hui, jamais la grille d’analyse proposée par B. Charbonneau et J.Ellul n’a été autant confirmée…

 

Petite bibliographie indicative :

 

Bernard Charbonneau :

L’Etat (1949) Réédition Economica 1987

Le jardin de Babylone (1969) Réédition Encyclopédie des nuisances 2002

Le système et le chaos (1973) Réédition Economica 1992

Je fus Essai sur la liberté (1980) Réédition Opales 2000

 

medium_Ellul.J.2.jpgJacques Ellul :  

La technique ou l’enjeu du siècle (1954) Réédition Economica 1990

Le système technicien (1977) Réédition Le cherche midi 2004

Le bluff technologique (1988) Réédition Pluriel/Hachette 2004

Notes :

[1] On trouvera à l’adresse suivante (rubrique radio) une interview de Jean Luc Porquet pour la sortie de son livre : http://offensive.samizdat.net/

[2] In Ecologie et liberté B. Charbonneau précurseur de l’écologie politique C. Cérézuelle Ed Parangon 2006

   

13:40 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : décroissance

Commentaires

Il y a trois fautes dans le texte (outre de tirets qui manquent par-ci par-là) :

"leur amitié d’une vie n’a pas faillit" -> failli
"La quantité d’ouvrage qu’ils nous ont laissé" -> laissée (on pourrait aussi mettre un s à ouvrage)
"l’homme est devenu l’esclave de structures anonymes qu’il a crées" -> créées

Écrit par : Nicolas | 15/01/2008

Oups.....

Merci pour cette relecture attentive !

Écrit par : steeve | 15/01/2008

Les commentaires sont fermés.