Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/06/2006

Contre le travail

medium_Contre-le-travail.gifContre le travail

P. Godard 2005

[Collection Expression directe. Editions Homnisphères]

12 Euros-130 pages-11 chapitres

 « Du vol à la critique du travail »,…, « Le travail, une activité inhumaine », …, «  En finir avec la nécessité du travail », …, « Pour le libre accès de tous aux (maigres) richesses », dès la lecture des titres de certains chapitres, une jubilation vous prend et ne vous quittera plus de toute la lecture, celle du petit enfant qui vient de commettre sa première bêtise, celle du jeune communiant traversé par une « mauvaise pensée »… et qui tous deux se rendent compte qu’il est agréable ma foi (sic) de bafouer les sacro-saintes « vérités » établies, prétendument inattaquables : c’est la même jubilation donc, qui vous habite quand vous lisez ce petit livre subversif - 130 pages au plus - qui se donne pour objectif de prouver que le travail, vraiment, n’est pas bon, mais alors pas bon du tout pour l’homme - à moins qu’il n’en meure (« Arbeit macht frei », le travail rend libre, quand il se solde, en effet , par la mort, du travailleur c’est bien connu … sinon il aliène) ; mais le travail, selon P. Godard, est surtout très mauvais pour la nature qui, elle aussi, à force que l’homme la façonne, l’exploite, pour qu’elle produise pour lui va en mourir…

Il s’agit donc bien pour l’auteur, non de repenser le travail, non de le réformer, de le critiquer, d’en améliorer les conditions ou la législation, mais simplement, sans forfanterie, ni de coup de gueule ostentatoire, de l’abolir, de l’interdire, de le refuser, car il est immoral, aliénant, dangereux, nuisible.

Que propose alors P. Godard à la place ? … Rien, et c’est cela qui rend précisément cet opuscule vraiment décapant et jouissif : pas de programme, pas de « solution(s) prédigérée(s) », mais une drôle de proposition vraiment libertaire au terme de son analyse : le NON-AGIR, ne rien faire, ne rien produire, ne rien consommer en excès, ne rien demander non plus à la nature que ce qu’elle fournit « naturellement », ne rien chercher à forcer, à plier à nos exigences de production, de productivisme, ne rien vouloir comprendre non plus de l’univers afin d’agir sur lui et, grâce au progrès, d’en tirer un quelconque parti… Non, vivre et s’émerveiller du potentiel de la vie et de la nature, ce qui fait conclure à P. Godard : « L’abolition du travail est juste parce qu’elle représente une réponse cohérente au défi de la destruction de ce monde par le travail des hommes. Et sans doute la seule réponse qui préserve à la fois la Nature, l’homme et sa liberté ».

V. Robin

 

 

Commentaires

Bravo pour cette recension d'un ouvrage que je n'ai guère encore eu le temps de lire.

Je vous propose ce lien qui abonde dans une vision plus théorique et fondatrice de la critique de l'idéologie du travail : http://forum.decroissance.info/viewtopic.php?t=2666&start=0

Dans l'Invention de l'économie de Latouche, il y a aussi un très intéressant chapitre sur " L'invention du travail " qui mérite le détour.

Écrit par : clement homs | 18/06/2006

Y-a des pauv'gars, en 1917, qui ont cru qu'il suffisait de tendre la main pour avoir du pain, du bifteck et la belle vie ... C'est à peu près la même expérience que vous proposez,avec les mêmes conséquences et les mêmes souffrances !!

La vie était belle, oui, pour ceux qui ne faisaient vraiment rien, sauf d'envoyer les récalcitrants au goulag !!

Et savoir ne vraiment rien faire, ça n'est permis qu'à quelques génies atteignant le summum de l'extase, mais pour la majorité, si l'on veut manger des bonnes carottres, il faut bêcher, semer, biner, sarcler, arroser, et...récolter... Et à la limite, bien savoir FAIRE l'amour, c'est encore FAIRE quelque chose !!

Écrit par : mauridub | 21/06/2006

L’objectif de l’ouvrage n’est pas inciter les individus à ne RIEN FAIRE, le Non Agir invoqué ici est bien sûr le Wu Wei taoïste qui n’a rien à voir avec le farniente. Il s’agit donc de faire sans faire…

Pour ceux à qui cela peut sembler paradoxal nous conseillons vivement la nouvelle traduction du Tchouang tseu proposée par Jean Levi (aux éditions de l’Encyclopédie des nuisances (sous le titre Les Œuvre de maître Tchouang) ce livre remarquable en tous points, permettra de mieux saisir le propos de P. Goddard.

Faire pousser des carrotes dans son jardin, c'est agir par le non-agir, car c'est la nature qui fait pousser les carrotes.

Écrit par : mozi | 24/06/2006

Regarder pousser les pissenlits, le plantain, le pourpier les orties... sans bêcher, ni semer, ni biner, ni sarcler, ni arroser. Se CONTENTER de les récolter en savourant le fait que la nature seule s'en est occupée mmmhhh et laisser les carottes.

Écrit par : Jean-Luc | 18/10/2006

Je n'aurais pas dit mieux !

Les taoïstes ont toujours fait l'éloge des plantes sauvages au détriment des céréales. L'enjeu est bien sûr politique : ces dernières sont à leurs yeux une incarnation matérielle de la civilisation...

Écrit par : mozi | 18/10/2006

Tout cela me rappelle...
"Nul ne devrait jamais travailler.
Le travail est la source de toute misère, ou presque dans le monde. Tout les maux qui se peuvent nommer proviennent de ce que l'on travaille - ou ou de ce que l'on vit dans un monde voué au travail. Si nous voulons cesser de souffrir, il nous faut arrêter travailler.
Cela ne signifie nullement que nous devrions arrêter de nous activer..."
Voici l'introduction d'un petit livre de Bob BLACK (L'abolition du travail) de 1985. Ouvrage repris aux Ed. l'esprit frappeur, en 1999. 2 ou 3 € (c'était 5Fr à l'époque). 55 pages.
C'est plus court, et moins cher... Je n'ai rien contre P. GODARD, que je n'ai pas lu et qui me parait aussi très interessant.
B. Black propose, plutôt que de ne rien faire, de repenser nos activités "...Cela implique surtout d'avoir à créer un nouveau mode de vie fondé sur le jeu; en d'autres mots, une révolution ludique...". Ce qui n'empêche pas le non agir du TAO...
D'ailleurs sur ce je retourne me reposer.

Écrit par : m. Dietrich | 05/01/2007

Merci Marc pour cette référence qui semble être bien pertinente.

Écrit par : mozi | 06/01/2007

Je viens de trouver ce petit texte fort sympathique et aux nombreuses références à l'adresse suivante:

http://inventin.lautre.net/Bob_Black.pdf

A lire !

Écrit par : mozi | 22/01/2007

Les commentaires sont fermés.