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13/03/2006

L'homme et l'invisible

 

L'homme et l'invisible


« L'Occident a choisi le développement illimité des techniques sans prendre le temps de se demander si, dans ce choix, il n'avait pas risqué et perdu son âme. »

Jean Servier


Bien trop souvent l'homme occidental et sa civilisation sont perçus comme étant situés au sommet de la pyramide de l'évolution. Dans cette conception du monde, les autres êtres humains et leurs civilisations, qualifiées de primitives, ne sont dès lors considérés que comme des tentatives avortées sur la voie de l'homme blanc.


Cette vision, largement partagée, est-elle une vérité objective cadrant avec la réalité ? Et bien non !


Tout au long de son ouvrage (écrit en 1963), l'ethnologue Jean Servier, nous démontre que cette croyance est fausse ! Par une étude très documentée, portant sur de nombreuses ethnies de tous les continents, l'ethnologue fait tomber des préjugés tenaces quant à la nature humaine.


Les théories évolutionistes considèrent en effet comme évident le fait que tous les êtres humains souhaiteraient, de manière inée, se développer selon le même modèle, à savoir le notre. Cette conception présupose en particulier que tous les êtres humains naîtraient avides de pouvoir, de biens matériels, etc. La vérité est tout autre ! Jean Servier conclut en effet, après d'abondants exemples, qu'«il ne semble pas que la cupidité, le désir d'accumuler des richesses, soit un besoin évident de l'homme, universellement attesté ». Et il ajoute plus loin « à la base, il semble que les sociétés traditionnelles soient privées de certains éléments si importants pour nous que nous avons tendance à les considérer comme appartenant à la nature humaine : l'insatisfaction et le désir permanent des biens matériels.»


Mais alors, quelle est la particularité de la nature humaine ? L'ethnologue nous répond que c'est l'invisible. Partout sur la terre depuis que l'homme existe ce dernier croit à un principe invisible : l'âme. De cette conception du monde invisible découlent les activités de l'homme. Jean Servier souligne par exemple que « la forme du groupe, de la société, n'est qu'une tentative faite par l'homme de s'adapter à l'harmonie du monde telle qu'il la conçoit. Ce n'est pas une cause déterminant l'activité économique et la pensée religieuse ; c'est, comme les autres activité de l'homme, une conséquence de sa conception de l'univers et de la place qu'il occupe dans le cosmos. »


Les civilisations traditionnelles doivent leur sobriété technique non pas à des carences intelectuelles, mais à des choix qui résultent de leur représentation du monde. Jean Servie rejoint ici Alain Gras lorsqu'il nous explique, dans la Fragilité de la puissance, qu'il n'y a pas de déterminisme technologique, c'est-à-dire d'évolution graduelle et linéaire qui conduirait, par exemple, du silex au laser.


Il en est de même du déterminisme géographique. L'idée que l'homme serait contraint d'épouser telle ou telle forme de société pour faire face à un environnement hostile n'est pas fondée. Selon l'auteur « l'homme nous apparaît indépendant de tout déterminisme géographique, il choisit son mode de vie en fonction de sa conception du monde et la place de l'homme dans le monde : il choisi ensuite le relief et le climat qui lui conviennent le mieux. »


Bref, à la lecture de ce livre on comprend qu'il n'y a pas de déterminisme quant à l'homme lui-même. Tous les hommes ne doivent pas de manière inéluctable aboutir à une conception du monde identique à celle de l'Occident, qui seule permet un développement illimité des techniques. La voie Occidentale n'est pas une fatalité !


Ainsi, l'éthnologie nous confirme, s'il en était besoin, deux choses. D'une part, il existe des alternatives à la société occidentale et d'autre part la nature humaine est tout à fait compatible avec une société de Décroissance, c'est-à-dire une société conviviale alliant sobriété technique et matérielle.


Mais en soulignant que les activités de l'homme découlent avant tout de sa conception du monde, Jean Servier, nous indique également que l'avénement d'une telle société ne pourra advenir sans qu'une profonde modification de notre imaginaire ait lieu.


Commentaires

Il y perd et son corps-la nature- et son âme, et celles des autres ! J'adore votre blog. Je pense que vous êtes nécessaires. Je veux lire Jean Servier pour avoir du pain à moudre. Je suis mal mal mal dans ce système c'est impossible à dire. Et c'est de naissance. Je suis à un âge où certains approchent de la retraite, et je n'ai jamais travaillé.
( Ni volé non plus) J'avais des choses urgentes à faire...
Et bien si tout le monde faisait comme moi, tout le monde ne serait pas dans la soue où nous nous débattons aujourd'hui... Une idole détruit tout , droite et gauche confondues : la Puissance. Un vice parachêve le désastre : le lucre. Tuez ces deux monstres, et la vie redevient possible.

Écrit par : koan | 14/03/2006

Je suis entièrement d'accord avec ce qui est écrit juste au-dessus...

Écrit par : koan | 28/04/2006

Les commentaires sont fermés.