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05/01/2006

Moratoire ?

 

Vers un moratoire sur la recherche scientifique ?

 

"A quoi sert socialement la recherche scientifique ?"

Alexandre Grothendieck

 

Orienter la recherche c'est orienter la société. Le droit à l'autonomie que revendique la Décroissance suppose donc le droit à orienter la Recherche. En quoi donc un moratoire pourrait nous y aider ?

 

1. Obscurantistes ?

 

L'idée de suspendre, même de manière provisoire, la recherche scientifique peut sembler saugrenue, voire extrémiste. Nous serons volontiers taxer d'obscurantistes. Pourtant ce n'est qu'après de longues réflexions qu'elle s'est imposée à nous. Trois observations en sont à l'origine :

 

  1.  

1. A chaque ensemble technique correspond un type de société : toute modification de l'un entraîne une modification de l'autre [1].

 

2. On ne peut plus distinguer la science de la technique, seule existe désormais la techno science : la science du doute a laissé place à la science de l'efficience.

 

3. La recherche scientifique est au service de la croissance : son rôle est de participer à l'augmentation de la compétitivité nationale en se dévouant aux industries.

 

Ainsi, seule la minorité dont l'intérêt est de faire perdurer cette société croissanciste est capable d'imposer par le truchement de la recherche scientifique des choix de société au plus grand nombre. Soyons clair : l'ensemble de la société finance donc une institution dont les innovations ne profitent qu'à une poignée d'industries.

 

S'il est indéniable que la recherche a été une source de bien être, elle a également largement contribuée à augmenter le nombre de nuisances dont est aujourd'hui victime la majeure partie des êtres vivants (pollution de l'air, de l'eau, magnétique, génétique, sonore, etc.). La recherche scientifique est duale : elle est capable d'engendrer le meilleur comme le pire. Il est donc nécessaire d'en faire la critique.

 

2. Une longue filiation

 

Nous ne sommes pas les premiers à émettre des doutes de la nature bienfaitrice de la recherche scientifique. Au sein même de la communauté scientifique des chercheurs prestigieux ont tenté d'attirer l'attention sur ce sujet.

 

En 1972 déjà, le mathématicien Alexandre Grothendieck, détenteur de la médaille Field (l'équivalent du prix Nobel en mathématiques), dénonça la direction prise par la recherche ainsi que l'aliénation subie par les chercheurs lors d'une conférence intitulée "Allons nous continuer la recherche scientifique ?" [2].

 

Aujourd'hui, le biologiste Jacques Testart (le père scientifique du premier bébé éprouvette) affirme qu'il faut casser le mythe d'une élite scientifique seule habilitée à décider. Pour lui "Sauver la recherche" c'est l'ouvrir [3]. Il est certain que mettre le sort de l'humanité dans les mains d'experts est une absurdité, puisque comme le note Illich l'expert ne pourra jamais dire ou se situe le seuil de tolérance humaine.

 

Nous sommes convaincus que seule une science contrôlée par le plus grand nombre peut-être profitable au plus grand nombre. Placer la recherche scientifique sous le contrôle des citoyens est le seul moyen de concilier science et démocratie. Aussi sommes-nous favorables à tout processus de démocratisation et pensons que des associations comme science citoyenne [4] doivent être soutenues.

 

Mais dans le même temps nous nous interrogeons sur le concept "science citoyenne". N'est-il pas un nouvel oxymore à ranger avec le développement durable ? Une science dirigée par et pour les citoyens serait le tableau idéal. Mais est-ce réalisable ?

 

3. La démocratisation en marche ?

 

En effet, force est de constater que les éléments de démocratisation introduits jusqu'à aujourd'hui n'ont servi en définitive qu'à légitimer des décisions déjà prises.

 

Les débats publics, par exemple, lorsqu'ils ont lieu, loin d'être à la hauteur des enjeux, ne sont en fait que des éléments d'une plus vaste stratégie visant à faire accepter à la population ces décisions qui, sans être nécessairement favorables au plus grand nombre, le sont au moins pour quelques lobbies (AREVA pour le nucléaire, l'Armée [6]). Celui concernant l'EPR est à ce sujet exemplaire [5].

 

Certains lobbies vont même à afficher ouvertement leur stratégie de manipulation. Le GIXEL (le lobby des industries électroniques et numériques), dans son livre bleu, est parfaitement clair : "La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une atteinte aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Dès l'école maternelle". [7]

 

Quand les techniques de manipulations ont échoué il suffit alors d'ignorer l'avis de la population.

 

Un récent sondage signalait que 55% des français (contre 15% des parlementaires ! [8]) étaient favorables à un abandon progressif du nucléaire. Pourtant, le gouvernement à travers, la construction de l'EPR à Flamanville et de l'ITER à Cadarache, choisi d'écouter le lobby nucléaire.

 

Quant aux OGM, rappelons que le gouvernement a, par ses arrêtés préfectoraux, interdit aux maires de s'opposer aux cultures transgéniques sur le territoire de leur commune (comme par exemple à Nonnette). Alors que l'immense majorité des Européens y est hostile, peut-on imaginer pire manquement aux règles fondatrices de la démocratie ?

 

Face à ce déploiement de force les opposants aux nouvelles technologies (nanotechnologie[9], biométrie [10], les OGM [11] ) ne peuvent être qualifiés que de résistants [12].

 

Les faits susmentionnés nous montrent donc, s'il en était besoin, que la démocratisation de la science tarde à s'imposer. Est-ce parce qu'elle est impossible ?

 

4. Les bienfaits d'un moratoire

 

C'est pour trancher cette question au plus vite que le moratoire nous semble opportun. Celui-ci pourrait ne concerner qu'une partie (la totalité ?) de la recherche techno scientifique et ne durerait que le temps de mettre en place les institutions nécessaires à un contrôle efficace de la recherche par les citoyens. Nous pensons en effet qu'un moratoire, tout en mettant un frein aux dérives actuelles, permettrait l'émergence des conditions optimales à la réalisation de cet objectif.

 

En effet, la recherche étant la source de nombreuses innovations, son arrêt se traduirait par leur diminution. Or celles ci sont essentielles au fonctionnement de notre société productiviste. Les industries et les états soucieux de créer une forte croissante comme ils sont, ne sauraient se satisfaire longtemps d'une telle situation. Aussi pouvons nous espérer que ceux-ci seraient plus disposés à faire certaines concessions.

 

Ensuite, l'inactivité à laquelle seraient voués les chercheurs permettrait à ces derniers de prendre conscience de leur aliénation. Ellul a fort bien montré comment le système technicien, dont la recherche scientifique est un sous produit, a fait de l'homme un de ses rouages [13]. La finalité de son travail n'est plus accessible au chercheur. Trop peu de scientifiques, comme Alexandre Grothendieck ou Jacques Testart, disposent d'un esprit critique assez puissant pour y soumettre l'activité à laquelle ils s'exercent quotidiennement. Nous pensons qu'un moratoire favoriserait leur apparition.

 

Enfin, l'éternel recours à la solution technique devenant impossible, nous serions dans l'obligation d'envisager nombre de problèmes sous un autre angle. Pour polluer moins, pas de pot catalytique, mais moins de déplacement. Etc. La solution technique serait de nouveau considérée comme un élément de réponse parmi d'autres. Soumettre la recherche à une période de jeûne permettrait d'espérer que celle ci de renoue avec la science du doute.

 

4. Conclusion

 

Le moratoire est la seule disposition capable de créer les conditions optimales à une véritable démocratisation de la science. Pourquoi ne pas le mettre en œuvre ? Le temps presse. La techno science, en continuant à se développer comme elle le fait, contribue à créer une société dans laquelle une petite minorité dispose de toujours plus de pouvoir. Exercer un contrôle sur sa vie devient dans cette situation toujours plus difficile Combien de temps, encore, devrons nous attendre pour de recouvrer une réelle autonomie ? Si une véritable démocratisation de nos institutions n'advient pas rapidement, alors pourquoi ne pas brandir le spectre d'un moratoire ?

 

Ceci n'est qu'une suggestion. Merci de bien vouloir y réagir.

 

Notes :

[1] Voir l'excellent livre d'Alain Gras La fragilité de la puissance chez Fayard.

 

[2] http://kolmogorov.unex.es/~navarro/res/ pour la  retranscription de la conférence d'Alexandre Grothendieck,  le 27 janvier 1972 au CERN intitulée "Allons continuer la recherche ?".

 

[3] Jacques Testart est l'auteur de nombreux articles et de livres sur ce sujet. Il est notamment co-auteur de Alertes santé. Experts et citoyens faces aux intérêts privés chez Fayard.

 

[4] Voir le site de l'association http://sciencescitoyennes.org/

 

[5] Le débat tourne même à la farce. Alors que le 24 octobre 2005, notre premier ministre déclarait "Au vue des conclusions du débat public en cours, EDF construira le premier réacteur EPR à Flamanville.", le débat publique lui ne débutait que le 3 novembre à Lyon… Sans oublier que de nombreux organismes indépendants ont boycotté le débat après qu'une partie du document fourni par le Réseau Sortir du nucléaire a été censuré.

 

[6] Le mémoire "les assassins sont parmi nous" diffusé par Rebellyon est à ce sujet révélateur : http://rebellyon.info/article883.html

 

[7] Voir le livre bleu du GIXEL, www.gixel.com

[8] Cahier n°7 du PROSES.

[9] Le terme nanotechnologie recouvre toutes les techniques qui ont trait à la manipulation de la matière à une échelle de l'ordre du milliardième de mètre. Ces techniques permettent d'espérer une miniaturisation beaucoup plus poussée qu'aujourd'hui. Le collectif "Pièces et main d'œuvre" (http://pmo.erreur404.org/PMOtotale.htm) à réussi à mettre en évidence "le règne du Commissariat à l'énergie atomique (CEA) sur la cuvette grenobloise, la fusion des élus, des scientifiques et des industriels au sein du techno-gratin, les liens entre les recherches civiles et militaires, publiques et privées, à travers toutes sortes de partenariats et de start-up". Tout le monde y trouve son compte : le pouvoir augmente le contrôle social (puces sous-cutanées, armement, tec. ) et les industriels engrangent les profits. Voir aussi l'article publié dans le journal CQFD n°29. http://www.cequilfautdetruire.org/

[10] La biométrie consiste à identifier les individus à partir de caractères physiologiques numérisables : l'iris, le timbre de la voix, les empreintes digitales, etc. Elle rend le monde d'Orwell plus proche que jamais. Aussi, ne peut-on que donner raison à la vingtaine d'étudiants qui le 17 novembre 2005 a saboté dans leur réfectoire deux lecteurs biométriques. Leur procès a commencé le 16 décembre…Voir l'article :

http://www.humanite.presse.fr/journal/2005-12-16/2005-12-16-820062

 

[11] Nous pensons ici à José Bové et à tous les faucheurs volontaires.

[12] Voir aussi l'article intitulé La résistance aux nouvelles technologies dans l'Ecologiste n°17 de décembre 2005.

[13] Jacques Ellul Le système technicien, Le cherche midi, 2004.

Commentaires

Bonjour et bonne annee 2006,

On ne peut esperer de la communaute scientifique une reflexion critique sur sa place et son travail. Le mythe de la recherche bienfaitrice est tres encre et ne peut que difficlement se discuter. Comme le denonce Jacques Ellul, on ne peut arreter le progres. Etant (encore) dans le milieu universitaire, il est consternant d'observer que les chercheurs sont (devenus) simplement des experts de leur domaine. Dans de nombreuses disciplines (informatique, electronique, ...) la distinction entre ingenieur et chercheur devient tres mince voire nulle. De plus, la politique de recherche tend a developper la recherche dite appliquee c'est a dire la recherche pour la technique c'est a dire la recherche pour la machine economique. Pour etre un chercheur, il faut accepter le dogme du progres tel qu'on l'entend depuis un siecle. On ne demenderait pas a un pretre de faire une lecture critique de la Bible ...

Comme le dit Rabelais : "Science sans conscience n'est que ruine de l'ame"

On peut aller plus loin " ruine de l'humanite".

Florentino

Écrit par : Florentino | 07/01/2006

Lorsqu'un courreur auto aborde un virage à 120 km/h s'il a tendance à etre éjecté vers l'extérieur sa seule façon de garder le cap serait d'accélerer ... or le mur n'est pas loin !!!
Le devoir de la science aujourd'hui serait de mettre l'imagination au travail au service de la terre, de s'ouvrir à tous les domaines de la pensée, se libérant de ses prétentions scientistes, pour défricher les voies nouvelles d'un avenir possible où l'humanité se réconcilie avec elle meme !
Le verre pour se remplir doit d'abord se vider !!!
D'accord pour un moratoire pour méditer sur l'énormité de notre grosse m... !!!

Écrit par : omnat | 18/06/2006

Deux questions question pour ouvrir le débat.
1. Est-ce qu'il faut fermer le téléthon ?
2. L'espérance de vie n'a pas cessé d'augmenter depuis des siècles. Cette augmentation est évidement complètement dépendante de l'avancée scientifique et technologique. Qu'en penser ?

La science et la technologie ne sont pas dissociables. Elles doivent être en constante interaction. Un exemple très fort en est le CERN où la plus haute technologie dans tous les domaines est au service de la recherche la plus fondamentale des sciences naturelles. J'ai fais des études de physique et je suis en doctorat en mathématique; de ce fait je connais un certain nombre de chercheurs dans ces domaines. Et je puis assurer qu'il n'y a aucun concensus sur l'indispensabilité de la science pour l'humanité.

« [...] il est consternant d'observer que les chercheurs sont (devenus) simplement des experts de leur domaine. »
Je ne comprends pas le problème : oui on se spécialise dans un domaine. Et alors ? C'est à ça que servent les colloques interdisciplinaires : à ce que chacun puisse être au courant des autres domaines. Paradoxalement (mais en y réfléchissant c'est normal), c'est maintenant que les chercheurs sont le plus spécialisés que se font le plus de découvertes interdisciplinaires. De plus en plus de biologistes font appel à de la mathématique de pointe pour comprendre des phénomènes naturesl.

« De plus, la politique de recherche tend a developper la recherche dite appliquee c'est a dire la recherche pour la technique c'est a dire la recherche pour la machine economique. »
Là d'accord, mais plusieurs réflexions.

1. Ce n'est pas un moratoire qui changera la donne, que du contraire. Sans financement public, ce sont les industries qui feront la recherche. Et celle-ci sera uniquement appliquée, et financée par tous les gens qui aiment avoir des GSM, des ordinateurs, de l'internet, des four à micro-ondes, ... bref, la recherche qui survivra à un moratoire sera exclusivement économique.

2. En fait ce qu'il faut, c'est un meilleur découplage entre les universités et les industries, c'est à dire une augmentation du financement de la recherche fondamentale publique dans les universités. « Pour etre un chercheur, il faut accepter le dogme du progres tel qu'on l'entend depuis un siecle » Lequel ?


Ah oui : j'ajoute que votre système pour éviter le spam vous évite aussi d'avoir des commentaires de personnes handicapées : comment quelqu'un de malvoyant serait capable de recopier le mot de passe ?
Bel exemple d'utilisation égoïste d'une technologie qui pouraît servir à intégrer les personnes handicapées dans la société.
Vous pouvez vous inspirer de ceci :
http://ploum.frimouvy.org/?113-on-va-bayesier-les-spammeurs

Et tant qu'il m'y fait penser, il y a sur ce site un cruel manque d'incitation au logiciels libre. Ça doit être une horrible sensation que de se sentir lire par des gens qui utilisent Internet Explorer sous Windows quand on se plaint que les multinationales dominent le monde.

Écrit par : moky | 29/08/2006

Bonjour,
Je vais essayer de repondre point par point.

Au sujet de l'esperance de vie : Quel but poursuit-on ? S'agit-il de vivre aussi vieux que possible ? A quelles conditions ? Avec quelles traitements ?

Il est indeniable que l'esperance de vie a augmente. D'apres Ivan Illich (La nemesis medicale), l'augmentation de l'esperance de vie depuis un siecle s'explique par une chutte tres importante de la mortalite infantile. Il y a deux raisons a cela : une bien meilleure hygiene et la vaccination.
Les pseudo techniques recentes ne sont que de la poudre au yeux de ce point de vue.

D'autre part, le concept d'esperance de vie devient de plus en plus bancale. On peut se demander si une personne qui subit un traitement par chimyotherapie est reellement en vie. Faut-il compter cela dans la vie ? Etre grabataire dans une maison de retraite, est ce vivre ? La medecine (des pays riches) a la capacite de maintenir des personnes dans un etat intermediaire entre la vie et la mort. Je ne vois pas la un progres (ce mot est glissant :)), c'est juste bon pour les statistiques !!

Le moratoire est de mon point de vue une revendication disons insuffisante. La recherche actuelle, par ses grands et petits programmes, doit etre vu comme la realisation d'un projet politique et donc de societe. Il est donc alors tout a fait possible d'etre contre la recherche faite en ce moment. En disant cela, je sous-entend deux choses : 1) la recherche fondamentale n'existe pas ou est tout au moins extrement marginale et tendra a disparaitre. 2) La science moderne ou techno-science n'est en rien absolue ou neutre, c'est une ideologie !

Un petit exemple sur l'opposition mechant/gentil. Le projet Minatech est finance par des fonds publics (1 Milliards d'euros). Cette recherche la est d'evidence tres orientee, vers les techniques qui vont dans un avenir proche nous pourrir la vie et vider de son contenu de sens nos "vie privee" pour une vie sous surveillance.

Cela debouche tout naturellement sur la question du rapport universites/entreprises. En fait, je ne vois pas comment on pourrait les decoupler alors que les activites sont fusionnees en grande part. Il n'y a pas les mechants d'un cote et les bons de l'autres, il y a une unite d'actes et de pensees.

Quant au dogme du progres il est je pense partage par quasiment tout le monde et donc en particulier par les chercheurs. C'ette idee que toutes nouvelles connaissances est necessairement bonne a prendre, que cela va evidemment dans le "bon" sens. S'il l'on devait choisir maintenant avec un peu de recul au sujet du nucleaire. le package : bombe atomique+centrales nucleaires (tchernobyl included)+traitements medicaux. On prend ou ne prend pas ? Je dis NON. L'humanite aura t-elle un jour la lucidite de dire non a certaines techniques/savoirs si celles remettent en causes la vie, l'humanite.

Pour finir, notre chere Telethon. Ces recherches doivent etre replacees dans leur contexte. Dans notre societe eprises de perfection, le corps ne correspond plus a ce que l'on souhaite,il a ses defauts, ses imperfections. La raison, la morale et/ou le sacre etant des idees du passe, on est donc amene par tous les moyens possibles a modifier ce corps suivant nos souhait.

Cette evolution n'est evidemment pas le a hasard, tout cela est bien orchestre au profit de quelques interets evidents. Dans notre societe de competition, tous les individus se doivent de participer a la competition quotidienne,il n'y a donc pas de place a la difference.

Les maladies dites genetiques sont evidemment des maladies tres handicapantes, mais ces recherches (si elles aboutissent) deboucheront inevitablement sur un nouvel eugenisme. Quelques experts devront decider ce qui est acceptable ? On aura alors les ovules dans la norme et les autres.

Le conglomerat technoscientifique aura alors tout le pouvoir sur le dernier acte primitif que l'on a, la reproduction.

L'alienation aura fait un grand pas, l'homme industriel sera ne, la vie et la liberte humaine ne seront plus que de vieilles idees des primitifs.

Tout meriterait d'etre developpe. Mais posons une question :
Quel le projet de la science moderne ? son horizon ? Je vous laisse repondre.

Écrit par : Florentino | 30/08/2006

«
Au sujet de l'esperance de vie : Quel but poursuit-on ? S'agit-il de vivre aussi vieux que possible ? A quelles conditions ? Avec quelles traitements ?
»
Ce sont les questions. Maintenant nous sommes libres de vivre dans les conditions que nous voulons. Ce qu'il faut est un débat sur l'euthanasie, ou sur la liberté de ne pas profiter de la médecine.

«
Il y a deux raisons a cela : une bien meilleure hygiene et la vaccination.
Les pseudo techniques recentes ne sont que de la poudre au yeux de ce point de vue.
»
Les deux points sont liés à la technologie. Je n'ai pas besoin de m'apesentir là-dessus pour une raison qui viens plus bas.

«
La medecine (des pays riches) a la capacite de maintenir des personnes dans un etat intermediaire entre la vie et la mort. Je ne vois pas la un progres (ce mot est glissant :)), c'est juste bon pour les statistiques !!
»
En contradiction avec l'affirmation plus haut comme quoi l'espérance de vie était prise sur la mortalité infnatille. Je veux bien répondre à un des deux, mais j'ai du mal à répondre aux deux en même temps. Ou alors il faut d'abord être d'accord que notre espérance de vies est gagnée des deux côtés.
«
une personne qui subit un traitement par chimyotherapie est reellement en vie.
»
Indéniablement, la réponse est oui. J'en connais. Des personnes de 30 ans totalement guéries et qui me battent au 100m.

«
1) la recherche fondamentale n'existe pas ou est tout au moins extrement marginale et tendra a disparaitre.
»
Elle ne peut pas disparaître parce que c'est elle qui fournit le terreau à la recherche appliquée. Un jour où l'autre la recherche appliquée va s'essoufler si on fait moins de fondamental. Cela dit, je suis pour un refinancement de la recherche fondamentale.

«
2) La science moderne ou techno-science n'est en rien absolue ou neutre, c'est une ideologie !
»
Non. D'abord question technologie, mon ordinateur actuel calcule effectivement plus vite que celui que j'avais il y a trois ans. Tout comme ce blog n'existerait pas si on en était resté aux techniques de mise en réseau d'il y a 10 ans.
D'un point de vue scientifique pur maintenant, on a découvert des planètes extrasolaires. C'est un fait. La nature est faite comme ça.
Les résultats existent.

«
C'ette idee que toutes nouvelles connaissances est necessairement bonne a prendre, que cela va evidemment dans le "bon" sens.
»
Le problème est qu'il n'y a qu'une seule science, une seule nature. Soit on ne fait rien, soit on fait tout. Évidement sur le court terme, on peut orienter; mais sur le long terme, l'histoire des sciences depuis l'antiquité a toujours montré que tout se tenait.
Une vérité scientifique n'est en soi ni bonne ni mauvaise. Elle est. Ne pas vouloir savoir, c'est jouer à l'autruche. Jusqu'à présent, il est indéniable qu'elle a fait beaucoup plus de bien que de mal.

«
le package : bombe atomique+centrales nucleaires (tchernobyl included)+traitements medicaux.
»
Passons sur la mauvaise foi quant aux autres applications bénéfiques indirectes (comme je l'ai déjà dit, tout se tient; si on n'avait pas compris la structure atomique au niveau nucléaire, bien d'autres choses n'auraient pas vues le jour, comme la mécanique quantique par exemple, et partant, l'ordinateur sur lequel fut tapé ce site). Je vais utiliser un autre argument.
Je préfère qu'on ait inventé la bombe en 1945 qu'en 2006. Plus précisément, mettons qu'entre 1930 et 2000, on ait imposé un moratoire sur la recherche de fission de l'uranium. Ok. Pas de Tchernobyl ni Nagasaky. Mais il faut imaginer que l'on va se lancer dans la recherche sur l'uranium non pas avec les moyens des 1930, mais avec ceux de 2000 ! C'est à dire que toutes les inventions faites en 70 ans, on les fera sans doute en moins de 20 ans. Il sera encore plus difficile d'adapter la société en conséquence.

«
L'humanite aura t-elle un jour la lucidite de dire non a certaines techniques/savoirs si celles remettent en causes la vie, l'humanite.
»
Dans les techniques, il faut parfois se modérer, certes. Mais dans les savoirs, la question est toute autre. Parce que le mot "certains" ne s'applique pas aux savoir. Pour reprendre l'exemple du nucléaire, il est possible de créer des traitement médicaux sans créer de bombes, mais il n'est pas possible d'être *capable* des traitements médicaux sans être *capable* de créer une bombe. La nuance est énorme !

En ce qui concerne le Téléthon, deux choses.
1. Si vous considérez le fait de mourrir à 20 ans dans d'atroces souffrances comme "un défaut de son corp" et le fait de vouloir y échaper comme un soucis de "compétition", alors je suis en total désacord. Et d'ailleurs vous même n'en actez pas un mot : porteriez-vous des lunettes si vous en aviez "besoin" ? Les gens qui en portent sont-ils simplement des gens qui cherchent à se mettre "dans la norme" ?

2. Vous ne répondez pas à la question : oui ou non demanderiez-vous de fermer le Téléthon si vous étiez élu à un poste de minuistre compétant ?

Quel le projet de la science moderne ? son horizon ?
La science pure n'a pas d'autres projets que celui de comprendre la nature. De ce point de vue, elle est neutre, et tous ses domaines sont inévitablement liés. Elle n'a a priori aucun horizon.

La vraie question est de savoir ce que la société a envie de faire avec toutes les possibilités que son savoir lui donne. Plusieurs éléments de réponse.

1. Ce qui est bien c'est que les études se démocratisent, donc chacun a la possibilité de se faire scientifique. Le pouvoir (si pouvoir il y a) est distribué de façon honnête.
2.Aujourd'hui nous sommes moins de 1 milliard a travailler dans des pays à haut niveau scientifique. Si les problèmes d'économie mondiale se résolvent, nous seront à terme plus de 10 milliards à le faire. Donc le rythme de développement va s'accélérer. Il est urgent d'apprendre à vivre avec, sinon on va finir par faire des moratoires de 50 ans tous les 70 ans.
3. Jouer à l'autruche sur certains savoirs, c'est risquer que ces savoirs arrivent à grande vitesse demain au lieu d'arriver lentement aujourd'hui.

4. Le seul point important d'un point de vue humain, c'est la liberté. Sommes-nous plus libres aujourd'hui qu'il y a 50 ans ? La question est très difficile. En gros, je crois que oui, mais il faut avoir la force de caractère de ne pas toujours suivre la masse. (je n'ai pas de GSM, et je considère cette absence comme une liberté)

5. Les sciences offrent une possibilité de contrôle sur la nature de plus en plus grande. C'est à la société de choisir si elle veut l'utiliser ou non. Le problème est que les gens ne sont pas assez conscient que leurs libertés ne passent pas toujours par une tonne de technologie, ou que des choix techniques ont des répercutions sur la vie privée et la liberté.

6. Dans 7.5 milliards d'années, il n'y a plus de vie sur Terre. Si on veut s'en sortir, il est impossible de dire à l'heure actuelle quelle seront les techniques à mettre en oeuvre.

Je crois qu'un moratoire sur la recherche scientifique n'est pas prendre le problème par le bon bout. Le problème est que les gens ne se posent pas assez de questions sur le pourquoi ils veulent tout ce qu'ils veulent.
Du côté de la médecine par exemple, la question à se poser est celle de la liberté de ne plus vivre à partir du moment où l'on estime ne plus avoir une vie digne. Aujourd'hui la question se pose de savoir si il faut vraiment vivre surmédicamenté entre 80 et 100 ans. Demain elle se posera entre 90 et 130 ans. Si on est capable de répondre aujourd'hui, on sera encore capable demain. D'un point de vue sociétal, la question est la même.

L'autre problème est celui du pouvoir. Les scientifiques et les techniciens ont un pouvoir sur la population parce qu'ils savent ce que les techniques peuvent offrir. J'ai déjà dit que ce pouvoir était distribué de façon équitable (via une démocratisation des études).
Là encore, la réponse n'est pas un moratoire. Déjà aujourd'hui les aspects techniques dépassent de 1000% les capacités des gens "normaux". Demain ils dépasseront de 100000%. Du point de vue de la société, le problème n'aura pas changé d'un iota : à qui faire confiance quand on veut des conseils sur la technique à utiliser ?
L'idée du moratoire est-elle de se donner le temps de répondre à cette question avant d'aller plus loin ?

Écrit par : moky | 07/09/2006

Ah tiens... j'essaie de poster ma réponse depuis une semaine et ça ne passe pas. Est-ce possible qu'elle soit trop longue ?

En ce qui concerne le Téléthon, deux choses.

1. Si vous considérez le fait de mourrir à 20 ans dans d'atroces souffrances comme "un défaut de son corp" et le fait de vouloir y échaper comme un soucis de "compétition", alors je suis en total désacord.
Et d'ailleurs vous même n'en actez pas un mot : porteriez-vous des lunettes si vous en aviez "besoin" ? Les gens qui en portent sont-ils simplement des gens qui cherchent à se mettre "dans la norme" ?

2. Vous ne répondez pas à la question : oui ou non demanderiez-vous de fermer le Téléthon si vous étiez élu à un poste de minuistre compétant ?

Écrit par : moky | 07/09/2006

Heu... aucun de mes commentaires ne s'affichent. C'est normal ?

Écrit par : moky | 07/09/2006

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