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23/12/2005

La convivialité

 

La convivialité

"L'outil simple, pauvre, transparent est un humble serviteur ;

l'outil élaboré, complexe, secret est un maître arrogant."

Ivan Illich.

 

Formidable ! Ce livre d'Ivan Illich publié en 1973 est tout bonnement formidable [1]. Nous pensons que cet ouvrage est l'outil indispensable à tous ceux qui réfléchissent à la construction d'une société post-industrielle.

 

Au cœur de ce texte réside l'idée que l'homme est désormais dominé par les outils qu'il a lui-même créés. Alors qu'initialement ces derniers étaient supposés aider l'homme dans sa tâche, c'est aujourd'hui l'homme qui est au service de ses outils. Précisons que le mot outil est ici à prendre dans un sens très large puisqu'il englobe aussi bien le marteau et l'usine, que toutes les institutions que sont la recherche scientifique, la médecine, le système de transport, etc.

 

Il existe, selon Illich, un seuil à partir duquel l'outil se retourne contre l'homme. Prenant l'exemple des transports il observe que "depuis que l'industrie des transports a franchi son second seuil de mutation, les véhicules créent plus de distances qu'ils n'en suppriment. L'ensemble de la société consacre de plus en plus de temps à la circulation qui est supposée lui en faire gagner."

 

Une fois ce seuil franchi, la surefficience acquise par l'outil en vient à menacer de nombreux équilibres et notamment celui de la répartition du pouvoir dans la société. "Sous la poussée de la mégamachine en expansion, remarque-t-il, le pouvoir de décider du destin de tous se concentre entre les mains de quelques-uns". Dans ces circonstances le risque de voir une société commandée par une dictature bureaucratique est omniprésent.

 

A cette croissance indéfinie de l'outil, Ivan Illich oppose la reconstruction conviviale. Seul l'acceptation de bornes multidimensionnelles, explique-t-il, peut nous permettre de créer une telle structure. Afin de ne plus être prisonnier de l'outillage, il faut inverser les valeurs. Plaçant l'autonomie de l'homme au centre de ses préoccupations, il décrit la société conviviale comme "une société qui donne à l'homme la possibilité d'exercer l'action la plus autonome et la plus créative, à l'aide d'outils moins contrôlables par autrui." Dans une telle société le bien n'est plus la satisfaction par la consommation, mais au contraire la capacité de modeler son avenir en suivant ses propres désirs.

 

Dans notre monde plus que jamais soumis au dogme du : Toujours plus, c'est toujours mieux, les propos d'Ivan Illich, tenus il y a déjà plus de trente ans, n'ont jamais été autant d'actualité. Avec l'avancée fulgurante de la Biométrie dans notre quotidien, le danger de voir l'avènement d'une société Orwellienne est grand. Ne serait-il pas sage de limiter ce nouvel outil avant d'en être l'esclave ?

 

Notes :

[1] Ce texte est aujourd'hui disponible dans le Volume 1 des Œuvres complètes d'Ivan Illich publié chez Fayard.

Commentaires

Chers Illichiens ou futur Illichiens
Ce texte est aussi disponible en poche aux editions Seuil dans la collection points essais. Quel plaisir de lire ce livre qui
ouvre le champs du possible pour une autre societe. On ne peut en sortir indemne. Il pousse la remise en cause du Systeme tres loin et pour lui on n'a pas su maitriser l'Outil en general. Cela donne a mediter .... Prenez le risque, cela ne coute que 4.95 euros ... c'est a dire beaucoup moins cher que n'importe quel Bidule !!

Écrit par : Florentino | 26/12/2005

Merci pour cette synthèse de lecture. Effectivement, Ivan Illich, qui a écrit son manifeste avant l'avènement d'Internet et de l'informatisation de nos sociétés, nous offre une grille de lecture incroyablement d'actualité pour les NTIC : http://ppezziardi.wordpress.com/2012/07/09/le-changement-cest-bientot-maintenant/

Cordialement,
PP

Écrit par : Pierre Pezziardi | 17/09/2012

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