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05/12/2005

Les antibiotiques

LES ANTIBIOTIQUES

Aujourd'hui, le mot antibiotique est devenu courrant voire banal. Pourtant la banalisation de l'usage de ces substances fait encourir de grands risques à l'humanité. La Décroissance se voulant critique quant à l'utilisation aveugle des progrès techniques, il convient de réfléchir sur l'usage que nous faisons de ces molécules.

Commençons par une petite analyse étymologique. Le mot ANTI BIOTIQUE est formé de deux mots grecs : Anti : qui s’oppose, qui est en face, qui protège de ; et de Biôtikos : de la vie. Ainsi, sur le principe, les antibiotiques s’opposent à la vie. Mais, comme nous ne sommes pas des gens de principes bornés et absolus, nous passerons donc outre ces considérations (qui pourtant ne me semblent pas seulement symboliques).

Bien que l'on puisse admettre une certaine toxicité pour toute cellule vivante (il suffit pour s’en convaincre de lire les effets indésirables et les contre-indications inscrites sur les notices de ces médicaments, nos antibiotiques), ces chères [1] molécules produites par l’industrie pétrochimique, n’ont pas cette capacité à s’opposer à la vie en général, mais seulement à celles des microbes du genre bactérien (et parfois, par action croisée, du genre mycélien).

Historique 1.

Historiquement, les premiers antibiotiques sont naturels. Certains champignons, par exemple, produisent de la pénicilline afin d’éliminer de leur environnement des bactéries qui viendraient les concurrencer dans leur développement. Lorsque l’homme s’aperçoit de cette capacité, il la détourne pour soigner les infections bactériennes. Cette pratique permet alors d'éviter nombre de morts tragiques, secondaires à l’invasion du corps ou d’une partie de celui-ci par une souche bactérienne virulente à la faveur d'un traumatisme. On le voit, sur le principe, l’idée était d'autant plus belle qu'elle était très efficace.

Hélas, comme toute science sans conscience, la médecine, au travers du mésusage de cet outil, va à la fois le rendre moins opérant, mais aussi plus coûteux et plus dangereux.

En effet, la nature faisant bien les choses, celle-ci, afin de maintenir un équilibre, a doté certaines bactéries de la capacité à développer des résistances aux antibiotiques. Malheureusement l'emploi outrageux d'antibiotiques devant des symptômes susceptibles d’être liés à une infection bactérienne, sans pour autant que celle-ci soit prouvée, a eu des conséquences désastreuses. En maintenant les bactéries au contact prolongé d’antibiotiques, celles qui le pouvaient sont devenues résistantes, les autres ont été éliminées. Cette diminution de la biodiversité microbienne, en laissant vacant une niche écologique, a favorisé l’apparition de nouvelles maladies (virales notamment). Les problèmes qui en résultent sont écologiques, économiques mais aussi sanitaires, car certaines bactéries, très fréquentes, ont réagi en devenant à la fois résistantes aux antibiotiques mais aussi plus virulentes (donc plus pathogènes). Quand on vous dit que la Nature veille à l’équilibre…

Vous avez dit guerre bactériologique ?

La guerre bactériologique est une guerre déclarée par l’Humanité contre la "Microbité", plus radicalement aux USA d’ailleurs. Bien sûr, aujourd’hui, en France notamment, on veille aux bons usages (limités) de ces médicaments, et devant une fièvre, comme le dit la réclame de la CNAM [2], on ne prescrit plus d’antibio à titre systématique… Oui mais… Les firmes industrielles qui fabriquent ces molécules ont depuis longtemps devancé le manque à gagner.

D'une part parce que les problèmes sanitaires évoqués plus hauts ont poussé la recherche pharmaceutique à élaborer de nouvelles molécules pour vaincre ces bactéries résistantes, ce qui a eu pour effet de rendre sans cesse plus élevés les prix de ces nouveaux produits (puisqu’on vous le dit, la surconsommation d’antibiotiques pose également des problèmes économiques), et d'autre part parce qu’aujourd’hui, des antibiotiques, on en retrouve partout (lire la suite).

J’en vois qui se disent déjà que je dis n’importe quoi puisque j’ai précédemment déclaré qu’on faisait dorénavant attention à l’usage de ces médicaments. Certes, mais ce qui est vrai en médecine humaine, dont la motivation principale est économique (limiter les dépenses de la CNAM en remboursement), n’a pas d’application par ailleurs dans d’autres domaines.

Des antibiotiques partout ?

Aujourd'hui force est de constater que l'utilisation d’antibiotiques est peu contrôlée. L'usage vétérinaire est un bon exemple. En effet mise à part quand leur (sur)utilisation menace directement la productivité des firmes agroalimentaires (comme dans le cas du lait qui sert à faire vos yaourts) aucune restriction n’est réellement appliquée. Vous pouvez ainsi ingurgiter des antibiotiques dans les œufs (car les poules en batterie vivent dans des conditions favorables aux infections et donc sont régulièrement soignées aux antibiotiques, ce qui ne les empêchent pas de pondre), mais aussi dans toute préparation industrielle contenant des œufs (gâteaux, pâtes…). Certes, ce ne sont que des traces, à peine décelables par les techniques de laboratoires, mais qui représentent à la surface de la planète des tonnes d’antibiotiques.

Par ailleurs, quelques molécules d’antibiotiques, n’étant plus efficaces en tant que telles, sont dorénavant utilisées comme "vitamines" dans l’alimentation animale car elles possédaient des effets secondaires sur le métabolisme en augmentant la synthèse des protéines : elles permettent par exemple au veau ou au porc d’avoir une masse musculaire plus importante plus tôt. Mais si votre bifteck ou votre tranche de jambon favorisent la résistance des bactéries aux antibiotiques, ils ne vous soigneront pas votre angine pour autant, encore moins la septicémie, au contraire.

Toujours dans le domaine agro alimentaire, les propriétés bactériostatiques ou bactéricides [3] des antibiotiques ont une utilité directe : la conservation des aliments. C’est ainsi qu’on retrouvera à la surface de tel fromage un antibiotique déguisé en conservateur [4], etc., permettant à la malbouffe de rester plus longtemps en rayon ou de supporter le non-respect de la chaîne du froid…

 

Des armes de destructions massives

Revenons à notre guerre bactériologique, la seule qui existe et celle dont ne parlent pas les médias. Afin de satisfaire le "désir d’hygiène des ménages", on javellise depuis tant d’années que les bactéries commencent à résister à cette agression. Voyant ce phénomène et poussé par la contrainte marketing, les firmes pétrochimiques déclinent le principe antibiotique sous l’appellation "ANTI BACTERIEN". Et aujourd’hui, de votre taie d’oreiller au déodorant d’ambiance, de la lingette entretenant l’illusion de l’hygiène en l’absence de savon et d’eau au savon lui-même, du filtre aspirateur à la lessive, on vous colle mine de rien une arme contre la microbité entre les mains. Même les boutiques macrobiotiques s’y mettent, avec des "antibactériens naturels"…

Et non contents de participer à la destruction de la biodiversité des microbes, avec les risques que cela entraînent pour l’humanité, vous payez pour le faire ! Mais au juste, ils vous ont fait quoi les microbes pour que vous vous en preniez à eux ?

Historique 2

Car c’est vrai, la vie cellulaire est apparue sur Terre sous forme unicellulaire (des microbes donc). Ensuite, depuis quelques milliards d’années, ces microbes ont assimilé des déchets (cadavres, matières organiques en décomposition, gaz toxiques, etc.) afin de boucler le cycle de la vie. Lorsque, à la fin du 19 siècle, Monsieur Pasteur découvre leur responsabilité dans la survenue de maladies, il précise bien que "l’ennemi est en nous" et que leur implication dans la pathogenèse n’est possible qu’à la faveur d’un déséquilibre en nous. Alors, quand, au lieu de permettre aux humains de ne point souffrir des dits déséquilibres, la science part à la chasse aux microbes, elle commet une double erreur et un crime contre la Nature. Mais il n’y a pas de tribunal compétant sur la Terre pour ce type de crime.

Si aujourd’hui l’usage des antibiotiques peut s’entendre pour soigner des infections graves, il serait grand temps de permettre aux humains et aux animaux domestiques de vivre une vie hygiénique, saine, avec une alimentation correcte et des conditions de vies non stressantes pour prévenir la survenue des infections. Au lieu de cela la science maquée à l’industrie pétrochimique entretient le mythe qu’on éradiquera -demain- les microbes (pathogènes ?) de la surface planétaire alors qu’ils y jouent leur rôle à merveille et que notre agressivité pourrait probablement se retourner contre nous.

         Dr H. Ballantin

Notes :

[1] On peut ici entendre ce mot dans toutes ses acceptations : chère, parce que nous les aimons –pour le service rendu- mais aussi pour leur coût –qu’il soit financier ou environnemental, nous y revenons plus loin dans cette note.

[2] CAISSE NATIONALE DE L’ASSURANCE MALADIE – tout un programme-

[3] Limitant ou infléchissant le développement des bactéries

[4] Toutes les infos sur le site

17:15 Publié dans Santé | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

entiérement d'accord avec vous.
il est à craindre que la(les) future pandémie sera imputable aux agissements de l'homme sur terre.
plutot que de comprendre et prendre le problème à la base, l'homme prefferera employer sa technologie à contrer le problème...et celà tant que les lobbies pétrochimiques et pharmaceutiques dicteront leurs regles.

à bientôt

Écrit par : artefact | 08/12/2005

Les commentaires sont fermés.